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Appel à résumés pour le 30 septembre sur les éducations autochtones contemporaines

by sur 28/07/2014

Appel à contributions pour le dossier « Educations autochtones contemporaines : enjeux et jeux d’échelle » coordonné par Marie Salaün et Bruno Baronnet, membres du réseau thématique de travail « Peuples autochtones » de l’AFEA.

Le dossier du numéro 15 des Cahiers de la recherche sur l’éducation et les savoirs portera sur l’éducation des peuples autochtones dans le monde aujourd’hui, près d’une décennie après l’adoption par l’Assemblée générale des Nations-unies d’une Déclaration sur les droits des peuples autochtones, texte qui leur consacre un droit inaliénable à l’exercice de la souveraineté en matière d’éducation. Au Nord comme au Sud, la redéfinition des rapports entre les États modernes et les collectivités indigènes constitue un des grands défis du XXIème siècle : dans des contextes nationaux qui imbriquent étroitement citoyenneté et scolarisation, le cas autochtone offre un terrain exceptionnel pour tester les limites du désir de concilier l’universalisme du droit à l’éducation avec la reconnaissance de la diversité culturelle. Télécharger l’appel à résumés dans sa version complète avec les normes de mise en page.  Consulter cet appel sur le site de la revue.        

 

En utilisant le formulaire, les propositions de résumés devront parvenir au plus tard le 30 septembre 2014, simultanément auprès des coordonnateurs du dossier et des co-rédacteurs en chef de la revue :
Marie Salaun < marie.salaun@univ-nantes.fr >
Bruno Baronnet< bruno.baronnet@gmail.com >
Catherine Agulhon < catherine.agulhon@orange.fr >
Marc Pilon < marc.pilon@ird.fr >

Les propositions, qui peuvent relever de toute discipline de sciences sociales, peuvent être faites en anglais et en français. Le dossier prendra place dans le n°15 des Cahiers de la recherche sur l’éducation et les savoirs, prévu pour paraître au printemps 2016. Le comité de rédaction profite de cet appel à contribution pour rappeler que la revue comporte également une rubrique « Hors-thème ».

Appel à contributions des Cahiers de la recherche sur l’éducation et les savoirs (http://cres.revues.org)

Educations autochtones contemporaines : enjeux et jeux d’échelle

 Marie Salaün (Univ. de Nantes)  marie.salaun@univ-nantes.fr

Bruno Baronnet (Univ. de Veracruz)   bruno.baronnet@gmail.com

 Le dossier de ce numéro des Cahiers de la recherche sur l’éducation et les savoirs portera sur l’éducation des peuples autochtones dans le monde aujourd’hui, une décennie après l’adoption par l’Assemblée générale des Nations-unies d’une Déclaration sur les droits des peuples autochtones, texte qui leur consacre un droit inaliénable à l’exercice de la souveraineté en matière d’éducation. Au Nord comme au Sud, la redéfinition des rapports entre les États modernes et les collectivités indigènes constitue un des grands défis du XXIème siècle : dans des contextes nationaux qui imbriquent étroitement citoyenneté et scolarisation, le cas autochtone offre un terrain exceptionnel pour tester les limites du désir de concilier l’universalisme du droit à l’éducation avec la reconnaissance de la diversité culturelle.

Etymologiquement, le terme « autochtone » (autos « soi-même » et khthôn « terre », en grec) désigne celui qui est issu de la terre-même, qui n’y est pas venu par immigration. La catégorie d’« autochtone » a été et est encore utilisée pour distinguer ceux qui sont d’« ici » en opposition à ceux qui viennent d’ailleurs, comme base d’une légitimité spatiale, juridique et politique fondée sur l’antériorité d’occupation. La notion est mobilisée par les groupes majoritaires de façon à définir la relation avec les immigrés. Pour éviter tout malentendu sémantique, il faut d’emblée préciser que ce n’est pas à ce sens universel du mot « autochtone » que nous allons nous référer dans ce dossier, mais bien à une acception particulière, d’usage récent, résultant de l’émergence dans le cadre des institutions onusiennes d’une catégorie légale correspondant à un ensemble particulier de populations minoritaires. La catégorie « autochtone » est donc utilisée ici pour désigner des groupes marginalisés et dominés (sur les plans économique, politique et culturel) en vue de demander justice pour la violation des droits humains dont ils sont victimes depuis la colonisation ou l’invasion de leur territoire, et revendiquer des droits en vertu de leur antériorité d’occupation de ce même territoire. Si la Déclaration sur les droits des peuples autochtones de 2007 ne fournit aucune liste de ces peuples autochtones, on estime aujourd’hui qu’ils regroupent quelques quatre cent millions dans 90 pays sur les cinq continents : Kanak de Nouvelle-Calédonie, Sami de Suède, Maori de Nouvelle-Zélande, Amazigh du Maroc, San de Namibie, Innus du Québec, Mapuche du Chili, Gaoshan de Taiwan, Adivasi d’Inde… la liste est longue de ces peuples qui sont concernés par les articles 13 à 15 de la Déclaration, prévoyant notamment que

« Article 13. 1. Les peuples autochtones ont le droit de revivifier, d’utiliser, de développer et de transmettre aux générations futures leur histoire, leur langue, leurs traditions orales, leur philosophie, leur système d’écriture et leur littérature, ainsi que de choisir et de conserver leurs propres noms pour les communautés, les lieux et les personnes. (…)

Article 14. 1. Les peuples autochtones ont le droit d’établir et de contrôler leurs propres systèmes et établissements scolaires où l’enseignement est dispensé dans leur propre langue, d’une manière adaptée à leurs méthodes culturelles d’enseignement et d’apprentissage. (…)

Article 15. 1. Les peuples autochtones ont droit à ce que l’enseignement et les moyens d’information reflètent fidèlement la dignité et la diversité de leurs cultures, de leurs traditions, de leur histoire et de leurs aspirations. » (…)

En quoi ces droits à l’autonomie ouvrent-ils la voie à une réarticulation des efforts des Etats et des luttes autochtones en vue d’établir de nouvelles formes de transmissions des savoirs aussi bien dans les pays du Sud que du Nord ? A quel type de gouvernance postcoloniale le partage des responsabilités entre ce qu’il est convenu d’appeler dans d’autres contextes la « société civile » et l’Etat le droit international invite-t-il désormais ? Quels sont les enjeux de la « scolarisation » des savoirs traditionnels détenus par les communautés ? A quelle redéfinition des fonctions d’une institution comme l’école la prise en compte de ces savoirs conduit-elle ?

Ce dossier réunira des contributions empiriquement situées qui interrogeront les déclinaisons locales de la mise en œuvre des grands principes du droit international. Les défis que soulèvent les stratégies et les pratiques éducatives chez ces peuples englobent une grande diversité de réalités, aussi bien à l’école qu’en dehors, dans lesquelles les effets d’échelle constituent un intérêt majeur dans la mesure où apparaissent des tensions et des conflits de façon multiscalaire, à l’entrecroisement des enjeux locaux, régionaux, nationaux et globaux.

Cette question des déclinaisons de l’éducation des peuples autochtones sur plusieurs échelles pourra être abordée à partir de trois perspectives :

–      La question du rôle de l’Etat et de ses institutions dans la mise en œuvre des recommandations internationales

–      La question des mobilisations autochtones pour la reconnaissance de leur souveraineté en éducation

–      La question de l’adaptation des systèmes d’enseignement aux réalités linguistiques et culturelles autochtones/la question de la prise en compte des savoirs autochtones dans l’éducation scolaire

1) Entre localisation des politiques éducatives et internationalisation des questions autochtones : quelle place pour l’Etat aujourd’hui ?

Comment les systèmes éducatifs nationaux intègrent-ils les nouvelles donnes ? Comment opèrent-ils la transition historique de l’assimilationnisme au multiculturalisme néolibéral de la fin du XXème siècle ? Quels sont les enjeux de l’édification via l’école d’une citoyenneté respectueuse de la différence ? Que penser des formes de décentralisation politique et administrative dans le domaine éducatif à l’épreuve de leurs résultats, en termes d’accès et d’apprentissage ? De quelles manières s’articulent la régionalisation de la planification en éducation et les fondamentaux des droits autochtones, droits collectifs (participation, consentement préalable, libre et en connaissance de cause, etc.) ? Dans quelle mesure les logiques bureaucratiques intègrent-elles désormais la société civile (des ONG internationales aux mouvements sociaux locaux), quand elles sont confrontées à la nécessité d’un partage de souveraineté ?

2) Luttes autochtones et autonomie éducative : quelle décolonisation des systèmes scolaires ?

En-deçà et au-delà du droit international, de quelles résistances et innovations autochtones les systèmes éducatifs contemporains sont-ils les héritiers ? Entre inventivité des logiques autogestionnaires et processus d’apprentissage de l’exercice de la souveraineté : que recouvre la notion « d’autonomie » en éducation ? Que nous disent les expériences de mobilisations d’organisations autochtones sur la tension entre les rhétoriques anti-coloniales et les difficultés de la mise en œuvre pratique d’une éducation pensée par et pour les autochtones ? Jusqu’où la mise en œuvre des droits éducatifs en-dehors du cadre étatique est-elle possible, et avec quels risques ? Jusqu’où les stratégies politiques autonomistes peuvent-elles rompre avec les logiques étatiques ?

3) Entre savoirs autochtones et savoirs scolaires : une adaptation de l’école aux réalités linguistiques et culturelles locales sous conditions ?

Que fait-on aux langues et cultures quand on les enseigne formellement et, réciproquement, que fait-on à l’école quand on lui assigne de nouvelles missions comme celle de transmettre les langues et cultures d’origine ? Jusqu’où langues et cultures autochtones sont-elles solubles dans la forme scolaire et quelles formes de résistance opposent-elles à la transposition didactique ? Jusqu’où les idéologies et rhétoriques interculturalistes permettent-elles de lutter contre les inégalités scolaires et les discriminations dont sont victimes les élèves autochtones dans l’ensemble national ? Comment concilier la nécessité de promouvoir une « autre école » sans opérer une ghettoïsation des élèves des communautés autochtones ? Comment redéfinir l’école au prisme de deux intentions : le rejet des formes et des normes scolaires « occidentales », et la volonté de restauration d’une culture autochtone « authentique », mise au service de la réalisation d’un projet de société alternatif ? Dans quelle mesure les communautés participent-elles à ces processus, en particulier via la formation des enseignants et l’émergence d’élites intellectuelles qui font figure de brokers entre les collectivités autochtones et les institutions d’Etat ?

Education bilingue pour les Yanomami | Terre des Hommes Suisse http://www.terredeshommessuisse.ch

En somme, les réalités des pratiques éducatives sont à mettre en lien avec les effets de l’internationalisation d’un « droit des peuples autochtones » soutenu par les Etats lors de l’adoption de la Déclaration mais au caractère non contraignant, ce qui leur permet de s’arroger des marges de manœuvre considérables dans l’interprétation des dispositions juridiques. On rappellera ici la déclaration interprétative de l’ambassadeur français aux Nations-Unies au moment de l’adoption du projet de Déclaration sur les droits des peuples autochtones en 2006 qui invoquait des « difficultés juridiques » pour son pays puisqu’« (…) en vertu du principe d’indivisibilité de la République et conformément au principe d’égalité et de son corollaire, le principe de non-discrimination, des droits collectifs ne peuvent prévaloir sur les droits individuels »[1]. L’enjeu est clairement international et national, et concerne aussi bien les pays du Sud que ceux du Nord.

Les Etats et leurs systèmes éducatifs possèdent par ailleurs des histoires particulières dans leurs rapports aux populations autochtones, dont les modalités d’intégration dans la société globale pendant la période assimilationniste ont été plus ou moins violentes, voire plus ou moins « efficaces ». Cependant, dans la grande majorité des cas, l’histoire scolaire actuelle marquée par la décentralisation et la prise en compte des aspirations locales ne s’écrit pas sur une page blanche. L’enjeu est national et local.

Dans ces jeux d’échelle, apparait la nécessité de ré-enchâsser les questions scolaires et d’accès aux savoirs dans un ensemble plus vaste de déterminants : histoire coloniale, histoire du système d’enseignement, conceptions de la citoyenneté, provisions constitutionnelles, émergence de mouvements sociaux et de revendications autonomistes ou souverainistes. Ce numéro des CRES portant sur « les éducations autochtones contemporaines » accueillera des textes issus de recherches originales qui conjuguent ces déterminants pour donner à comprendre au lectorat les enjeux complexes de situations locales diversifiées en tant qu’espaces de luttes de légitimation.

L’engagement éthique des chercheurs sur l’éducation et les savoirs autochtones représente ainsi une condition sine qua non du travail ethnographique en association avec les acteurs communautaires et leurs organisations. La perspective critique que ce dossier entend dresser distingue clairement entre, pour une part, l’existence de discours et de pratiques autochtones qu’il faut décrire quand bien même cela relèverait de stratégies jugées essentialistes, et d’autre part, la nécessité de réfléchir aux critères épistémologiques de validité des propositions réelles d’adaptation de l’école et de l’enseignement aux réalités socioculturelles de chaque territoire.

 

Bibliographie indicative

Barker (J.) (dir.), 2005, Sovereignty Matters: Locations of Contestation and Possibility in Indigenous Struggles for Self-Determination, Lincoln, University of Nebraska Press.

Battiste (M.), 2008, « The Struggle and Renaissance of Indigenous Knowledge in Eurocentric Education », in M. Villegas, S. Neugebauer & K. Venegas (dir.), Indigenous Knowledge and Education: Sites of Struggle, Strength, and Survivance, Cambridge, Harvard Educational Review, pp. 85-92.

Bellier (I.) (dir.), 2013, Peuples autochtones dans le monde. Les enjeux de la reconnaissance, Paris, L’Harmattan/SOGIP.

Bourdieu (P.), 1967, « Systèmes d’enseignement et systèmes de pensée », Revue internationale des sciences sociales, vol. 19, n° 3, pp. 367-388.

Charters (C.) & Stavenhagen (R.) (eds.), 2010, Making the Declaration Works: The United Nations Declaration on the Rights of Indigenous Peoples, Copenhague, IWGIA.

Deloria (V.) & Wildcat (D.), 2001, Power and place: Indian education in America, Golden, CO, Fulcrum.

Gagné (N.), Martin (T.) & Salaün (M.), 2009, Autochtonies. Vues de France et du Québec, Québec, Presses de l’Université Laval, 2009.

Gasché (J.), 2004, “Les motivations politiques de l’éducation interculturelle indigène”, in A. Akkari & P. Dasen (coords.), Les pédagogies du Sud, Paris, L’Harmattan.

Henze (R.), Davis (K.), 1999, « Authenticity and Identity: Lessons from Indigenous Language Education », Anthropology & Education Quarterly, vol. 30, n° 1, pp. 3-21.

Hornberger, N. (dir.), 2008, Can schools save Indigenous languages? Policy and practice on four continents, Hampshire, Palgrave Macmillan.

Lopez (L.E.), 2009, « Reaching the Unreached: Indigenous Intercultural Bilingual Education in Latin America », Background paper prepared for the Education for All Global Monitoring Report 2010 ‘Reaching the marginalized’, UNESCO, 60 p.

Macedo-Tinoco (S.), 2006, « Ekyola et Karetajar : Maitre de l’école, maitre de l’écriture. L’incorporation de l’écriture et de l’école par les Amérindiens wayapi de l’Amapari (Brésil) et de l’Oyapock (Guyane française), Thèse de Doctorat, Paris, EHESS.

May (S.) & Aikman (S.), 2003, « Indigenous Education: addressing current issues and developments », Comparative Education, vol. 39, n° 2, pp. 139-145.

McCarthy (T.), 2005, « Indigenous Epistemologies and Education—Self-Determination, Anthropology, and Human Rights », Anthropology & Education Quarterly, vol. 36, pp. 1-7.

Rockwell (E.), 2010, « L’appropriation de l’écriture dans deux villages nahua du centre du Mexique », Langage et société, n° 133, pp. 83-99.

Rockwell (E.) & Gonzalez Apodaca (E.), 2012, « Anthropological Research on Educational Processes in México », in K. Anderson-Levitt (ed.), Anthropologies of Education. A Global Guide to Ethnographic Studies of Learning and Schooling, New York, Berghahn Books, pp. 71-92.

Salaün (M.), 2013, Décoloniser l’école ? Hawai’i Nouvelle Calédonie. Expériences contemporaines, Rennes, Presses Universitaires de Rennes.

Villegas (M.), Neugebauer (S.) & Venegas (K.) (eds.), 2008, Indigenous Knowledge and Education: Sites of Struggle, Strengh, and Survivance, Cambridge M.A., Harvard Educational Rewiew.

 

Document PDF de l’appel à contributions pour le numéro 15 « Educations autochtones contemporaines » des Cahiers de la recherche sur l’éducation et les savoirs.

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2 commentaires
  1. A reblogué ceci sur Réseau Peuples Autochtoneset a ajouté:

    Appel à contributions: http://cres.revues.org/2359

  2. une Langue c est une culture. Une culture est une identité, donc une façon de réagir face a une situation donnée…Une fois toutes ces particularités éradiquées, la société deviendra une histoire de gestion du bétail humain. L avenir de la pensée libertaire et anarchiste réside dans l alliance avec les Résistances Autochtones.

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