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Appel à contribution : catégorisations ethnoraciales

by sur 28/08/2012

Regards croisés sur les catégorisations ethnoraciales : action publique et mobilisations en contextes nationaux

Samina Mesgarzadeh
(ETT/ ENS/EHESS ; CRAPUL/IEPI, Université de Lausanne)
samina.mesgarzadeh@unil.ch
Jonathan Miaz
(CRAPUL/IEPI – GSPE‐PRISME, Universités de Lausanne et de Strasbourg)
jonathan.miaz@unil.ch

Les catégorisations ethnoraciales peuvent constituer un enjeu majeur dans l’analyse de l’action publique et de la forme prise par certaines mobilisations (mouvements sociaux, associations, syndicats, etc.) dans des contextes nationaux contrastés.
Les catégorisations ethnoraciales sont appréhendées en sociologie de l’action publique à partir de terrains portant sur les politiques d’immigration et d’asile dans différents pays européens (Spire, 2008; Jubany, 2011; Darley, 2010), le système de protection sociale aux USA (Lens et Cary, 2010), les caisses d’allocation familiales (Eberhard, 2001) et de travaux sur la police en France notamment (Fassin, 2011). Elles suscitent l’attention tant pour leur implication dans la construction d’un problème public que pour leur mise en oeuvre. À cet égard, les auteurs observent par exemple des traitements et des décisions administratives différenciés selon les catégorisations forgées.
En sociologie des mobilisations, la question des catégorisations ethnoraciales se pose à deux niveaux. Premièrement, certains politistes s’interrogent sur les conditions de possibilité d’un cadrage « racial » des mobilisations en lien avec les contextes nationaux (Célestine, 2009) dans une approche ethnographique ‐ boycott opposant « Afro‐Américains » et « Coréens » aux USA (Kim, 2000) ‐ ou dans un questionnement sur les transformations du contexte politique en France (Escaffré‐Dublet et Simon, 2009 ; Bereni et Jaunait 2009). Deuxièmement, au prolongement des travaux américains sur l’intersectionnalité, des chercheurs s’interrogent sur le rôle des catégorisations ethnoraciales dans la construction ou la fragmentation des groupes mobilisés, un enjeu soulevé par l’émergence du féminisme noir (Dorlin, 2007).

L’objectif de cette section thématique est de décloisonner les réflexions sur les processus de catégorisations ethnoraciales à partir de questions transversales à la sociologie de l’action publique et la sociologie des mobilisations. Trois axes seront discutés :

1. Comment les catégories ethnoraciales sont‐elles construites dans l’action publique et les mobilisations ? Observe‐t‐on des circulations, des réappropriations ou des redéfinitions de ces catégorisations dans ces différents espaces ? Du point de vue de la construction de catégories ethnoraciales, on peut penser à des processus de catégorisations liés à la construction d’un problème public impliquant agents de l’action publique et/ou groupes mobilisés. Ces catégorisations ethnoraciales peuvent être explicites (dans les politiques d’affirmative action aux USA) ou implicites (« réfugiés » (Noiriel 1997), « immigrés », « étrangers » ; autant de catégorisations qui véhiculent un certain rapport au « national »). Le rôle du droit dans ce processus constitue aussi un angle d’attaque fécond.

2. Comment les catégories ethnoraciales s’actualisent‐elles sur différents terrains de l’action publique ou de mobilisations ? D’une part, on interroge la manière dont les pratiques des agents (fonctionnaires, « street‐level bureaucrats » ; dirigeants, adhérents et bénéficiaires d’associations, porte‐paroles, militants et sympathisants de mouvements sociaux) et les interactions (p. ex : interaction entre un fonctionnaire et un usager ou d’un permanent juridique avec un travailleur) participent à la construction ou à la redéfinition de ces catégorisations. D’autre part, à partir d’enquêtes de terrain, on interroge ce que ces catégorisations « font » à l’action publique ‐ dans les relations de guichet (Spire, 2008 ; Eberhard, 2001), dans le travail quotidien des « street‐level bureaucrats » (Lipsky, 2010) ‐ et aux mobilisations ‐ divisions ethnoraciales au sein des collectifs et leurs transformations dans le cours des mobilisations (Chauvin, 2009) ; concurrence entre causes (p. ex entre lutte syndicale et droit des immigrés et sans‐papiers (Plein droit, 2011). Enfin, on peut se demander dans quelle mesure les catégorisations ethnoraciales structurent les prises de rôle et les manières de les tenir dans les institutions et les mouvements sociaux.

3. Un dernier axe portera sur les questions méthodologiques et épistémologiques soulevées par l’observation et l’écriture sur les catégorisations ethnoraciales. Qu’observe‐t‐on concrètement ? En quoi nos propres catégories et shèmes de perception influent‐ils sur le repérage des catégorisations sur le terrain ? Comment passer des catégorisations observées à l’écriture (Mazouz, 2008)? Les contributions peuvent s’inscrire dans l’un de ces axes ou en aborder plusieurs de manière transversale.

Afin de favoriser la comparaison entre sous‐disciplines et contextes nationaux, les papiers ancrés dans des enquêtes de terrain précises seront privilégiées.

Les propositions de contributions (2 pages au maximum) comportant une présentation de la problématique, du terrain étudié et du protocole d’enquête doivent être adressées aux organisateurs (samina.mesgarzadeh@unil.ch; jonathan.miaz@unil.ch) au plus tard le 15 octobre 2012.

Bibliographie sélective
Bereni, Laure et Alexandre Jaunait, « Usages de la diversité (Editorial) », Raisons politiques, 35, 2009, pp. 5‐10.
Brotherton, David C. et Kretsedemas, Philip (eds.), Keeping Out The Other. A Critical Introduction to Immigration Enforcement Today, New York, Columbia University Press, 2008.
Célestine, Audrey, Mobilisations collectives et construction identitaire. Le cas des Antillais en France et des Portoricains aux Etats‐Unis, Thèse de science politique sous la direction de Denis Lacorne, IEP‐Paris, 27 novembre 2009.
Chauvin, Sébastien, « The Political Ethnography of Critical Processes : Describing Disruption in a Multiethnic Labour Group », Ethnographeast IV Conference, Leiden, The Netherlands, June 25‐27.
Darley, Mathilde, « Le pouvoir de la norme. La production du jugement et son contournement dans les lieux d’enfermement des étrangers », Déviance et Société, n° 34, 2010, pp. 229‐239.
Dorlin, Elsa, Black Feminism. Anthologie du féminisme africain‐américain. 1975‐2000, Paris, L’Harmattan, 2007.
Eberhard, Mireille, « Catégorisations ethnico‐raciales au guichet », Cahiers du Cériem, n° 8 déc. 2001.
Escaffré‐Dublet, Angéline et Patrick Simon, « Représenter la diversité en politique : une reformulation de la différence et de l’égalité par la doxa républicaine », Raisons politiques, 35, 2009, pp. 125‐142.
Fassin, Didier, La force de l’ordre. Une anthropologie de la police des quartiers, Paris: Editions du Seuil, 2011.
Jubany, Olga, « Constructing truths in a culture of disbelief: Understanding asylum screening from within », International Sociology, n° 26, 2011, pp. 74‐94.
Kim, Claire, Jean, Bitter Fruit: The Politics of Black‐Korean Conflict in New York City, New Haven, CT, Yale University Press, 2000.
Lens, Vicky et Colleen Cary, « Negotiating the discourse of race within the United States welfare system », Ethnic and Racial Studies, n° 33, 2010, pp. 1032‐1048.
Lipsky, Michael, Street‐Level Bureaucracy. Dilemmas of The Individual in Public Services, New‐York, Russell Sage Foundation, 2010 (1980)

Mazouz, Sarah, « Les mots pour le dire. La qualification raciale de l’enquête de terrain à l’écriture », in Fassin, Didier, Bensa, Alban, Les politiques de l’enquête. Epreuves ethnographiques, Paris : Bibliothèque de l’Iris, coll. Recherche, 2008, p. 81‐98.

Noiriel, Gérard, « Représentations nationale et catégories sociales. L’exemple des réfugiers politiques », Genèses, Année 1997, Volume 26, Numéro 1, pp. 25‐54.
Palidda, Salvatore (ed.), Racial Criminalization of Migrants in the 21st Century, Farnham, Ashgate Pulblishing Ltd., 2011.
“Etrangers, syndicats: “Tous ensemble”?”, Plein droit, n°89, 2011.
Spire, Alexis, Accueillir ou reconduire. Enquête sur les guichets de l’immigration. Paris: Raisons d’agir, 2008.
Spire, Alexis, Etrangers à la carte. L’administration de l’immigration en France (1945‐1975), Paris: Editions Grasset & Fasquelle, 2005.
Wacquant, Loïc, « For an analytic of racial domination », Political Power and Social Theory, 11, 1997, pp. 221‐234.
Wimmer, Andreas, « The Making and Unmaking of Ethnic Boundaries : A Multilevel Process Theory », American Journal of Sociology, 113, 4, 2008, pp. 970‐1022.

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