Intervenants :
Tassadit Yacine (Directrice d’études LAS/EHESS) : Berbères d’Algérie
Didier Le Saout (maître de conférence, Université paris 8) : Le mouvement amazigh entre discours pour la promotion d’une identité et institutionnalisation
Akiyo Afouda (Chargé des droits de l’homme, Union interparlementaire) : La contribution de l’Union interparlementaire à l’implication des parlementaires dans la promotion des droits des peuples autochtones
Présentation :
Au moment où les sens du local et du national sont mis en question par la mondialisation, les mobilisations autochtones produisent de nouvelles pratiques et de nouveaux dispositifs symboliques et politiques sur lesquelles reposent leurs projets collectifs. En mobilisant la rhétorique des droits, à la fois dans des lieux où on fabrique le sens du global et dans les lieux où on fabrique le sens du local, les peuples autochtones essaient de se servir des outils de la gouvernance mondiale pour articuler leurs aspirations aux imaginaires et aux spatialités socio-politiques. Ce scénario soulève d’importants challenges tant pour l’exercice de la citoyenneté autochtone que pour les sciences sociales : quels sont les liens d’appartenance au local, au national et à l’international qui (ou que) construisent les peuples autochtones dans la gouvernance mondiale ? Quels dispositifs pourraient répondre à leurs attentes et à celles des instances de gouvernement quant à la représentation politique de ces peuples ? Quel rôle joue la localité dans la gouvernance mondiale et quels dangers cela comporte pour la participation politique des peuples autochtones ? Quels sont les rapports de force entre les différents domaines internationaux, nationaux, locaux, en ce qui concerne les droits politiques des peuples autochtones ? Quel intérêt pourrait avoir des termes tels que « transnational », « global » ou « glocal » pour comprendre ces nouveaux phénomènes ? Nous réfléchirons à ces questions à la lumière de deux cas : le premier d’eux concerne les peuples berbères d’Algérie et du Maroc dont l’identité constitue, à la fois, un atout de résistance et de mobilisation politique transnationale. Le deuxième cas portera sur le rôle de l’Union interparlementaire dans le renforcement de la représentation des peuples autochtones dans les parlements.
Résumés :
Tassadit Yacine (Directrice d’études LAS/EHESS) : Berbères d’Algérie
L’Algérie est le pays qui compte le plus de Berbérophones après le Maroc. Ils comptent entre plus d’un quart et moins d’un tiers de la population (d’environ 37 millions d’habitants). Ces populations dont la survie a été marquée par la résistance ont, hormis la langue berbère, conservé leur législation, leur gestion de la cité qu’on a aisément comparée à celle de la Grèce antique. Leur identité s’est en quelque fondée sur la lutte et sur la résistance. Les Kabyles ont joué un rôle important dans le mouvement national et pendant la guerre d’Algérie. Leur investissement dans la future nation a été très important. Néanmoins, la construction de l’État-nation s’est effectuée contre eux puisqu’ils seront, de surcroît, désignés comme des ennemis de la nation voire des traitres. Marginalisés, privés de leur culture, suspects, ils se soulevèrent en 1980 lorsqu’un de leur poète, Mouloud Mammeri, a été interdit de parole, ce qui a été à l’origine des événements du printemps 80. Ce mouvement lutte, depuis, en faveur de la reconnaissance de la langue berbère et des libertés démocratiques. Un Mouvement culturel est né (MCB), des partis politiques sont reconnus depuis 1988. Mais, cela n’est rien d’autre qu’une petite brèche ouverte…
Didier Le Saout (maître de conférence, Université paris 8) : Le mouvement amazigh entre discours pour la promotion d’une identité et institutionnalisation
L’apparition d’un mouvement amazigh est concomitante au Maroc, en Algérie et en France sous des formes différentes. S’il n’est pas possible de dater exactement l’origine de l’affirmation identitaire amazighe, on peut cependant affirmer que la naissance d’un mouvement « berbère » ou « amazigh » remonte aux années 1960 en Algérie, au Maroc et dans l’émigration, notamment en France. Si les premiers temps du mouvement amazigh sont faits d’actions conduites par des groupes isolés rassemblant quelques individus, la contestation s’élargit par la suite en Algérie comme au Maroc jusqu’à produire un discours critique de l’édification de l’Etat-nation issu de la décolonisation dans ces deux pays. Mais ce sont les manifestations caractérisées de « printemps berbère » qui éclatent en Kabylie qui donneront à la revendication identitaire toute sa visibilité. La mobilisation sera accompagnée d’une institutionnalisation de la culture et de la langue berbère qui intéresse, aussi, le mouvement social. A partir de la fin 2010, dans le contexte des mouvements populaires qui se développent en Afrique du nord et au Moyen-Orient, la demande de reconnaissance de l’amazighité va être placée dans le débat constitutionnel. Ces événements provoquent différents types de réponse de la part des associations et des regroupements militants. En France, les associations pour la défense de la berbérité placent le rapport aux institutions politiques au centre des positionnements mais dans un contexte différent. Elles fondent leur existence sur la construction d’une communauté berbère « de France » dont l’image est projetée dans le champ politique. L’objectif vise l’intégration des militants pour la défense de la berbérité dans la politique française.
Akiyo Afouda (Chargé des droits de l’homme, Union interparlementaire) : La contribution de l’Union interparlementaire à l’implication des parlementaires dans la promotion des droits des peuples autochtones
En tant que partie intégrante de la société, les peuples autochtones doivent jouir des mêmes droits que tous les autres citoyens. En vertu de ce principe fondamental, et suite à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, l’Union interparlementaire (UIP) s’est jointe aux efforts visant à faire prévaloir ce principe et à le matérialiser. M. Akiyo Afouda, qui est en charge du dossier de l’Union interparlementaire consacré aux peuples autochtones, partagera son expérience et les réflexions qui entourent les activités de l’UIP dans ce domaine. Elles se déclinent en : actions de sensibilisation et d’information à l’intention des parlementaires et d’autres acteurs concernés, jusques et y compris la mise en œuvre d’un projet sur la question ; l’organisation de rencontres parlementaires internationales ; la participation aux fora internationaux sur les peuples autochtones ; et la réalisation d’enquête sur la représentation des peuples autochtones dans les parlements.
Prochaine séance :
Jeudi 12 mars 2015 : « Les défis de la participation politique. » Intervenants : David RECONDO (Maître de conférences, Sciences-Po Poitiers), Jean-Pierre CHAUMEIL (Directeur de recherche émérite, CNRS) et Alpa SHAH (Professeure, London School of Economics)
http://www.sogip.ehess.fr/spip.php?article583
————————————————————————————————————————————————————————————————————————————–
Nous avons le plaisir de vous annoncer que la version française de l’ouvrage Making the Declaration Work : The United Nations Declaration on the Rights of Indigenous peoples, dirigé par Claire Charters et Rodolfo Stavenhagen (IWGIA, 2009) intitulée « La Déclaration des droits des peuples autochtones : Genèse, enjeux et perspectives de mise en œuvre » est maintenant en libre accès. Toutes les informations et téléchargement à partir du site SOGIP :
http://www.sogip.ehess.fr/spip.php?article549
————————————————————————————————————————————————————————————————————————————–
Séminaire coordonné par :
Irène Bellier, Directrice de Recherche au CNRS, LAIOS-IIAC et Verónica González González, postdoctorante LAIOS-SOGIP et animé par l’équipe SOGIP (ERC 249236)
Présentation du séminaire années 2014-2015 :
6 séances, 2ème jeudi du mois de 9 h à 13 h, salle du Conseil A, bâtiment Le France, 190-198 avenue de France 75013 Paris), du 13 novembre 2014 au 16 avril 2015. Ouvert à tous.
Le séminaire se déroulera autour de 6 séances : 13 novembre 2014, 11 décembre 2014, 8 janvier 2015, 12 février 2105, 12 mars 2015 et le 16 avril 2015 (A la place du 9 avril, le 16 avril se tiendra la dernière séance du séminaire dans le cadre de la conférence SOGIP qui aura lieu du 15 au 17 avril au France.)
Présentation générale du séminaire : Perspectives comparatives sur les droits des peuples autochtones – années 2014-2015 : participation politique et citoyenneté
Le séminaire de l’équipe SOGIP (ERC 249 236, IIAC-LAIOS) examine les perspectives ouvertes par l’adoption en 2007 de la Déclaration des Nations-Unies sur les Droits des Peuples autochtones (DDPA). Cette année, il aura comme principal horizon de réflexion l’exercice par les peuples autochtones de leurs droits civils et politiques et, dans un sens large, de la citoyenneté. Ces groupes historiquement mis aux marges de la société et de l’Etat, se sont souvent mobilisés pour demander un traitement égalitaire. Leurs demandes ont abouti, dans différents cas, à des propositions de modèles de citoyenneté qui, tout en reconnaissant le caractère universel de la citoyenneté et l’importance des droits de l’homme à caractère individuel, soulèvent le besoin de reconnaître des particularités culturelles et ethniques, ainsi que des droits collectifs comme une condition nécessaire à la garantie d’une citoyenneté effective, et inclusive. La DDPA énonce les bases d’une telle citoyenneté, qui se veut également respectueuse des institutions politiques dont les peuples autochtones se sont dotés pour se gouverner. La mise en place des modèles de citoyenneté culturelle comporte autant d’opportunités que de risques pour la consolidation des projets politiques. L’exercice des droits politiques et civils des peuples autochtones rencontre, au niveau pratique, de nombreuses contradictions que nous essaierons d’identifier au cours des différentes séances.
MISE EN LIGNE DE L’OUVRAGE : « La Déclaration des droits des peuples autochtones : Genèse, enjeux et perspectives de mise en œuvre », sous la direction de Claire Charters et Rodolfo Stavenhagen (Version française 2013) – 18 février 2014
La version française de l’ouvrage Making the Declaration Work : The United Nations Declaration on the Rights of Indigenous peoples, dirigé par Claire Charters et Rodolfo Stavenhagen (IWGIA, 2009) est parue en 2013 sous le titre La Déclaration des droits des peuples autochtones : Genèse, enjeux et perspectives de mise en œuvre, aux éditions l’Harmattan. La coordination de l’édition française a été assurée par GITPA et SOGIP, avec un avant-propos d’Irène Bellier. Cette version est maintenant disponible au téléchargement.
Référence :
Claire Charters et Rodolfo Stavenhagen (dirs.), La Déclaration des droits des peuples autochtones : Genèse, enjeux et perspectives de mise en œuvre. Traduction : Simone Dreyfus-Gamelon et Sabrina Melenotte. Coordination pour l’édition française : IWGIA-GITPA et SOGIP, Paris l’Harmattan, 2013, collection horizons autochtones, 394 p. ISBN : 978-2-336-30514-1.
LIVRE DISPONIBLE AU TELECHARGEMENT EN INTEGRALITE (PDF)
Liste des contributeurs :
Claire Charters (dir.), Rodolfo Stavenhagen (dir.), Irène Bellier, Augusto Willemsen-Díaz, Asbjørn Eide, Erica-Irene A. Daes, John B. Henriksen, Andrea Carmen, Luis Enrique Chávez, Luis Alfonso de Alba, Adelfo Regino Montes, Gustavo Torres Cisneros, Albert Barume, S. James Anaya, Mattias Åhrén, Chandra K. Roy, Henriette Rasmussen, Kuupik Kleist, Naomi Kipuri, Dalee Sambo Dorough, Julian Burger, Luis Rodríguez-Piñero Royo, Bartolomé Clavero, Wilton Littlechild. (par ordre d’apparition)
Traduction (édition française) :
Simone Dreyfus-Gamelon, Sabrina Melenotte
4ème de couverture :
La Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones est le point culminant d’un combat séculaire des peuples autochtones pour la justice. Parce qu’elle promeut l’égalité pour les peuples autochtones du monde et qu’elle reconnaît leurs droits collectifs, elle constitue une avancée et un nouvel apport, important, à l’arsenal de défense des droits de l’homme que les Nations unies possèdent.
La Déclaration est le résultat du travail effectué par de nombreuses personnes pendant plus de 25 ans au cours d’intenses et longues négociations. Pour la première fois, dans ces négociations multilatérales, les peuples autochtones, détenteurs de droits, siégeant aux côtés de responsables des Nations unies, de dirigeants gouvernementaux et de diplomates, obtinrent la reconnaissance de leurs droits dans le droit international.
Les auteurs de ce livre collectif, destiné aux spécialistes comme au grand public, furent pendant des années intimement mêlés à l’élaboration de la Déclaration. Le livre conte cette histoire, vue de l’intérieur, détaillant sa genèse, le contenu des négociations et sa signification la plus large, en regard de l’avenir social, culturel et politique des peuples autochtones. Ses contributeurs viennent du monde entier, allant des militants autochtones aux membres du Conseil des droits de l’homme, des participants aux groupes de travail et aux différents mécanismes aux hauts fonctionnaires de l’ONU et aux représentants des gouvernements. Tous furent à l’œuvre, du début à la fin, pour la construction de cet édifice.
Sommaire
Introduction
Avant-propos-Irène Bellier
La Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones : Comment elle devint réalité et ce qu’elle nous annonce-Claire Charters et Rodolfo Stavenhagen
Première partie : Les débuts
Comment les droits des peuples autochtones sont entrés à l’ONU-Augusto Willemsen-Díaz
Les peuples autochtones, le groupe de travail sur les populations autochtones et l’adoption de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones-Asbjørn Eide
La contribution du groupe de travail sur les populations autochtones (GTPA) à la genèse et à l’évolution de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones Erica-Irene A. Daes
Deuxième partie : La négociation de la Déclaration
La Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones : quelques questions clés et événements survenus au cours de son élaboration-John B. Henriksen
Un rapport du Conseil international des traités indiens (CITI) depuis le champ de bataille – la lutte pour la Déclaration-Andrea Carmen
La Déclaration sur les droits des peuples autochtones rompt l’impasse : le point du milieu-Luis Enrique Chávez
L’adoption de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones au Conseil des droits de l’homme-Luis Alfonso de Alba
La Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones : base d’une nouvelle relation entre les peuples autochtones, les États et les sociétés-Adelfo Regino Montes et Gustavo Torres Cisneros
Répondre aux inquiétudes des États africains-Albert Barume
Troisième partie : Les droits des peuples autochtones
Le droit des peuples autochtones à l’autodétermination après l’adoption de la Déclaration-S. James Anaya
Une introduction aux dispositions sur les terres, territoires et ressources naturelles de la Déclaration des droits des peuples autochtones-Mattias Åhrén
Peuples autochtones d’Asie. Droits et défis du développement-Chandra K. Roy
Droits culturels au Groenland-Henriette Rasmussen
Déclaration de M. Kuupik Kleist, Premier ministre du Groenland, à la deuxième session du Mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones, Genève, 10-14 août 2009
La Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones dans le contexte africain-Naomi Kipuri
Quatrième partie : La mise en œuvre de la Déclaration
La signification de la Déclaration des droits des peuples autochtones et son application future-Dalee Sambo Dorough
La légitimité de la Déclaration sur les droits des peuples autochtones-Claire Charters
Rendre effective la Déclaration comme instrument des droits de l’homme dans le système de l’ONU-Julian Burger
« S’il y a lieu » : supervision et mise en œuvre des droits des peuples autochtones conformément à la Déclaration-Luis Rodríguez-Piñero Royo
Suprématie culturelle, constitutions des États et Déclaration sur les droits des peuples autochtones-Bartolomé Clavero
Comment rendre la Déclaration effective-Rodolfo Stavenhagen
Quand les peuples autochtones gagnent, le monde entier est gagnant-Wilton Littlechild
Annexe
La Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones
|
||
|
APPEL À COMMUNICATIONS
Chères et chers collègues,
Vous voudrez bien trouver ci-joint un appel à contributions pour le numéro 83 de la revue Autrepart qui portera sur « Savoirs autochtones et développement« .
Les intentions de contribution et les articles sélectionnés sont respectivement attendus les 15 février et 30 avril 2015.
Merci de transmettre cet appel à ceux de vos collègues qui pourraient être intéressés et veuillez nous excuser si vous recevez cet appel en double.
Autrepart est une revue de sciences sociales pluridisciplinaire co-publiée par les Presses de Sciences-Po et l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Autrepart est la seule revue francophone entièrement dédiée aux pays du Sud. À travers trois numéros thématiques et un numéro non thématique chaque année, la revue cherche à promouvoir la réflexion sur les pays du Sud pour améliorer la compréhension de leur diversité et de leurs dynamiques. La revue est indexée par African Studies Centre (Leiden), Codesria Current Contents, Crossref, Cultures, Langues, Textes (CNRS), IBSS, Ingenta; FRANCIS (INIST) et JournalSeek et figure sur les listes AERES.
autrepart@ird.fr
————————————
CALL FOR CONTRIBUTIONS
Dear colleagues,
Please find attached the call for Abstracts for a special issue of the peer reviewed academic journal Autrepart on “Autochthonous knowledge and development”.
Proposed abstracts and full (invited) manuscript submissions are respectively du 15 th February and 30 th April 2015.
We would be grateful if you could forward this call to interested colleagues and disseminate it through your channels and we apologize if you receive this call in duplicate.
Autrepart is a multidisciplinary social science journal co-published by the Presses de Sciences-Po and the Institute of Research for Development (IRD). Is the only social science journal devoted entirely to developing countries. Through three thematic and one non-thematic issue each year, the journal aims at promoting reflection on developing countries to improve the understanding of their contemporary diversity and dynamics. The journal is indexed in African Studies Centre (Leiden), Codesria Current Contents, Crossref, Cultures, Langues, Textes (CNRS), IBSS, Ingenta; FRANCIS (INIST) and JournalSee.
——————————————-
SOLICITUD DE ARTICULOS
autrepart@ird.fr
Pour le Comité de rédaction
Irène Salvert
Secrétaire de la rédaction
--
Revue Autrepart
19, rue Jacob
75006 Paris - France
http://www.cairn.info/revue-autrepart.htm
Merci d'envoyer vos messages à la revue :autrepart@ird.fr
Avec copie à l'adresse suivante :revue.autrepart@gmail.com
Le GITPA signale la sortie du film d’ABDERRAHMANE SISSAKO

Près de Tombouctou vit Kidane (Ibrahim Ahmed), un berger qui tente de vivre paisiblement dans les dunes du Mali. Avec sa femme Satima (Toulou Kiki), sa fille Toya (Layla Walet Mohamed) et son fils Issan (Mehdi AG Mohamed), ils subissent silencieusement l’invasion djihadiste. Car la ville est tombée aux mains des extrémistes religieux. La terreur paralyse les habitants, qui ne peuvent plus ni chanter, danser, fumer, ou encore jouer au football… Cachées sous leurs voiles noires, les femmes tentent de résister dignement, et deviennent les victimes de procès absurdes. Un jour, Kidane tue sans le vouloir Amadou, un pêcheur qui s’en était pris à sa vache préférée. Il va devenir le jouet de ces défenseurs de la loi venus d’aileurs…
Interview, par le GITPA, de Hélène CLAUDOT-HAWAD, directrice de recherche au CNRS,
expert de la société touarègue, membre du réseau Afrique du GITPA

Que pensez vous du contenu du film et en particulier de la représentation des Touareg qu’il véhicule ?
Le parti pris du réalisateur de Timbuktu est intimiste. Il montre des parcours individuels, qui peuvent être chaotiques, contradictoires, hésitants. Il met en scène une palette de personnages qui s’expriment dans les langues locales anciennes : songhay, tamashaq, arabe, mais aussi en français, bambara, anglais… En fait, seuls les chefs jihadistes et leurs recrues, venus d’ailleurs, ont besoin d’interprètes.
Parmi cette mosaïque humaine, il campe des portraits contrastés de Touaregs. D’un côté, un jeune jihadiste (le chauffeur interprète) à l’itinéraire compliqué, qui arrive de Libye mais qui parle parfaitement la langue touareg de l’Ouest d’où sa famille est donc issue, suggérant un parcours d’exil. De l’autre côté, une famille touareg qui ne veut pas partir de chez elle, bien qu’elle se sente menacée et isolée après le départ des voisins, mais qui essaie de continuer à vivre normalement. « Où irions-nous? », dit le père, montrant l’attachement à leur terre en dépit de tous les risques encourus. Pour une fois, on entend de bons locuteurs de la langue tamashaq dont les gestes, les attitudes, les manières d’être, de parler et d’échanger ne sont ni surfaits, ni sur joués. La caméra traduit avec sobriété des instants simples du quotidien, comme la discussion affectueuse entre époux, la tendresse manifestée envers les enfants et notamment celle qui lie le père à sa fille, sentiments valorisés chez les Touaregs. Aucune vision manichéenne, y compris dans le drame qui se joue ensuite quand s’affrontent le pasteur touareg et le pêcheur bozo, deux voisins qui se connaissent et s’appellent par leurs noms propres. Seule une petite phrase du Touareg sur « l’humiliation qui doit cesser maintenant » laisse comprendre qu’il y a une autre crise sous-jacente dont le film ne parle pas : le sort des civils touaregs harcelés par les milices paramilitaires qui se disent « negroafricanistes » et qui s’attaquent aux individus à teint « clair », les contraignant à quitter le pays. Tuer la vache divagante du voisin plutôt que réclamer des compensations pour les dommages produits apparaît, dans ce contexte précis, comme un comportement volontairement provoquant qui va conduire au drame. Mais le film ne donne pas les clés nécessaires pour comprendre vraiment ce qui se joue dans cet incident.
– Y a-t-il des aspects du film qui vous ont choqué ?
La décontextualisation extrême des événements me gêne. Le film ne dit pas pourquoi les campements touaregs sont partis, pourquoi une ville comme Timbutku, largement touarègue dans les années1980, s’est vidée de ses habitants touaregs, ni comment les jihadistes ont pu s’installer et régner en maîtres… Les réalités sont traitées sur le mode anecdotique. Heureusement, les personnages mis en scène ont suffisamment de densité pour ne pas devenir de simples caricatures. Chaque individu tente ici de se débattre comme il le peut – et parfois de composer – avec le nouveau pouvoir qui lui même ne présente pas un visage lisse et homogène. La poissonnière révoltée, la musicienne qui chante sous les coups de fouets, la folle qui dope l’un des jihadistes se muant alors en oiseau, les enfants qui essaient de se consoler de la perte et du deuil, le décalage des recrues jihadistes qui parlent du foot mais l’interdisent, l’imam de la mosquée qui par son érudition s’oppose aux règles rustiques et brutales des jihadistes… Tous ces parcours parallèles à un moment donné s’entrecroisent et dialoguent, même s’il s’agit d’un dialogue de sourds. Ce sont ces rencontres improbables que le réalisateur a eu le talent de filmer mais, de mon point de vue, il manque des clés de compréhension essentielles pour saisir pourquoi et comment on en est arrivé à ce type de situation.
– Y a ‘il des sujets que vous auriez aimé voir abordé ?
A cause de la focale choisie, au plus près des individus en proie à une force arbitraire qui tente de les déposséder de tout ce qui donnait sens à leur vie, beaucoup de protagonistes de la crise demeurent invisibles. Par exemple, l’État malien, la France, l’Algérie, les USA, le Qatar, les pays du Golfe, etc., et bien sûr les mouvements contestataires touaregs qui ont une longue histoire politique dont les racines remontent à la colonisation. Je pense que des allusions plus claires aux dessous de l’histoire – par exemple, aux financeurs des jihadistes ; ou à la collusion entre des représentants de l’État, des narco-trafiquants et des jihadistes ; ou aux massacres de civils touaregs perpétrées par l’armée malienne et par les milices encadrées par les militaires ; ou au travail de transformation de luttes politiques en guerre de « races » puis de religion – auraient utilement ajouté du sens à la compréhension de ces réalités complexes, qui ne sont pas dues au hasard, mais sont au contraire le résultat logique d’intérêts contradictoires qui s’affrontent, non pas seulement au niveau local, mais surtout international. Ceci dit, je comprends bien que l’intention du réalisateur se situe ailleurs. Il n’a pas voulu faire un documentaire. L’histoire mise en scène a un sens allégorique et une portée universelle. Les différents rôles pourraient être endossés par d’autres personnages pris au piège d’une situation d’oppression par une force arbitraire. Cette dernière peut être un régime autoritaire et corrompu, une armée génocidaire, une mafia internationale, une compagnie minière, etc. Face à un tel pouvoir de destruction, comment de simples individus à qui on veut arracher leur autonomie de penser et d’agir arrivent-ils à survivre et à résister ? Quels moyens mobilisent-ils ? La scène du match de football sans ballon ou le rêve éveillé de différents personnages montrent la puissance de l’imaginaire face à une force aveugle qui traque la différence. Un problème demeure : celui de l’oubli. La scène de traque qui ouvre le film – avec la gazelle harcelée par les tirs des jihadistes – et qui le clôt – avec des êtres humains à la place de la gazelle – se joue jusqu’à aujourd’hui dans la réalité. Ces images font écho à une phrase souvent entendue de la part de Touaregs qui ont connu la fuite et l’exil : « Pour le Mali, nous sommes comme des gazelles, c’est tout ». Combien d’enfants, de femmes, de vieillards touaregs ont ainsi été traqués et tués au Mali, bien avant l’arrivée des jihadistes ? Le non-dit de ce film sensible mais décontextualisé fait parfois très mal car il entérine l’oubli de ce que signifie être touareg au Mali.
Intervenants :
– Leandro Varison (Université de São Paulo/Laboratoire d’Anthropologie Juridique de l’Université de Paris 1)
– Leslie Cloud (SOGIP/EHESS, membre du Réseau Peuples Autochtones de l’Afea)
– Stéphanie Guyon (maîtresse de conférences, Université de Picardie Jules Verne/CURAPP-ESS, LAIOS-SOGIP)
Présentation :
La séance sera consacrée à l’analyse des effets que les institutions, les politiques ou les pratiques bureaucratiques des États peuvent avoir dans la constitution des peuples autochtones comme sujet, individuels ou collectifs, et à l’ expression de ceux-ci dans le champ politique ou juridique. Elle sera l’occasion d’analyser comment les démarches de justice auprès des tribunaux au Brésil, les dispositifs de reconnaissance des systèmes normatifs autochtones au Chili et les systèmes électoraux en Guyane française façonnent l’exercice de participation et de représentation politique de ces peuples. En s’inspirant du concept d’« indien autorisé», façonné par Silvia Rivera Cusicanqui et popularisé par Charles Hale, nous interrogerons les conséquences des pratiques étatiques, en termes de normalisation du citoyen ou d’exclusion, et les formes de la participation autochtone à la politique dans différents pays.
Résumés :
« Droits des indiens au Brésil. Contexte et perspectives »
Leandro Varison (Université de São Paulo/Laboratoire d’Anthropologie Juridique de l’Université de Paris 1)
Les indiens brésiliens se trouvent dans une situation paradoxale. S’ils n’ont jamais été si conscients de leurs droits, ni si actifs et impliqués dans la défense de leurs intérêts, leurs droits constitutionnellement garantis sont actuellement mis en cause avec une agressivité sans précédent. L’ambiguïté de la situation ressort de la cohabitation de deux régimes de citoyenneté, au Brésil. D’une part, l’actuelle Constitution qui date de 1988 garantit aux indiens le respect de leurs cultures et la préservation de leurs territoires. D’autre part, ces droits coexistent avec plusieurs éléments de la législation précédente porteuse d’une mission « civilisatrice » (et promulguée durant la dictature militaire, en 1973). Cela entraine un flou juridique où les opérateurs du droit (avocats, juges, agents de l’administration ou d’autres fonctionnaires) peuvent agir dans l’intérêt des indiens. Mais ils peuvent également, en raison des contradictions dans la loi, interpréter certaines règles à la lumière de l’ancienne législation afin de restreindre la portée des droits (comme, par exemple, ce qui a trait à leur état civil, à leur capacité juridique, à leur responsabilité civile ou pénale, ou encore par rapport à leurs droits fonciers). Il est important, par ailleurs, d’analyser le rôle spécifique de l’expert-anthropologue, dont la présence au sein des procédures juridiques tient à une spécificité du droit brésilien. Face aux puissants intérêts contraires aux droits des indiens, il convient d’analyser les stratégies politiques et juridiques adoptées par les parties intéressées, notamment devant les tribunaux brésiliens.
Entre homogénéité, monisme et pluralisme, enjeux et résistances du « Mapuche permis » au Chili
Leslie Cloud (SOGIP/EHESS, membre du Réseau Peuples Autochtones de l’Afea)
Peu après l’indépendance du Chili, alors que cet Etat se cherchait une identité constitutionnelle, le statut des Mapuche le soumettait à un dilemme central : considérer les Mapuche comme appartenant à la nation chilienne, les soumettre à la constitution ou bien continuer de les considérer comme un sujet de droit souverain comme l’avait entendu la Couronne d’Espagne. Dans l’histoire des relations entre le Chili et les populations autochtones de son territoire, la problématique de l’ « indien autorisé » et la fixation corollaire de ses marges d’action seront une constante, stratégiquement saisie par le droit. Selon les objectifs poursuivis et les résistances mapuche manifestées, les juridicités autochtones seront tantôt permises ou interdites. Après avoir retracé différentes étapes déterminantes de la construction légale de l’ « indien autorisé » au Chili depuis le XIXème siècle, nous explorerons deux constructions juridiques ayant affecté les Mapuche, leurs institutions ainsi que leurs juridicités : la construction de la communauté légale autochtone en concurrence au lof puis la criminalisation des Mapuche et la fiction des Mapuche terroristes. Nous verrons que dans chacune de ces situations, les finalités de gouvernance et de soumission d’un sujet de droit collectif et individuel mapuche à un projet étatique pensé et construit autour d’une citoyenneté monoculturelle, ont dû partiellement céder aux résistances des juridicités mapuche, renforçant le pluralisme là où seul le monisme était idéalement prévu !
« Un chef coutumier ne fait pas de la politique » : politique illégitime et politique autorisée dans l’espace politique local (Guyane, 1977-2014)
Stéphanie Guyon (maîtresse de conférences, Université de Picardie Jules Verne/CURAPP-ESS, LAIOS-SOGIP)
Les Amérindiens de Guyane française n’ont obtenu le droit de vote qu’à partir de 1969 et dans la plupart des communes du littoral, il a fallu attendre les élections municipales de 1977 pour voir apparaître les premiers élus amérindiens. Au cours des années 1970 et 1980, les capitaines amérindiens (chefs de village) inscrits dans des relations de patronage puis de clientèle avec les maires créoles ont joué un rôle central dans la médiation du vote des membres de leur groupe, prolongeant dans l’espace politique contemporain les hiérarchies issues de la période coloniale. Dans les années 1990, sous l’impulsion des dirigeants du mouvement amérindien, une nouvelle génération a contesté ces relations de clientèles sans pour autant parvenir à bouleverser l’ordre politique local. A travers l’entrée en politique de 2004 à 2014 de deux responsables associatives devenues cheffes coutumières à St-Laurent du Maroni, cette communication s’intéressera aux figures légitimes et illégitimes de la politique dans les villages amérindiens. Elle analysera en retour les effets de la politisation de l’espace villageois sur l’institution coutumière.
Jeudi 12 février 2015, « Gouvernance globale et citoyenneté locale« . Intervenants : Tassadit YACINE (Directrice d’études, EHESS-LAS), Didier Le Saout (IME/ Université Paris 8) et Akiyo AFOUDA (Officier aux droits de l’homme, Union internationale parlementaire)
http://www.sogip.ehess.fr/spip.php?article583
————————————————————————————————————————————————————————————————————————————–
Prochaines séances : 12 février 2105, 12 mars 2015 et le 16 avril 2015
Présentation générale du séminaire : Perspectives comparatives sur les droits des peuples autochtones – années 2014-2015 : participation politique et citoyenneté
Le séminaire de l’équipe SOGIP (ERC 249 236, IIAC-LAIOS) examine les perspectives ouvertes par l’adoption en 2007 de la Déclaration des Nations-Unies sur les Droits des Peuples autochtones (DDPA). Cette année, il aura comme principal horizon de réflexion l’exercice par les peuples autochtones de leurs droits civils et politiques et, dans un sens large, de la citoyenneté. Ces groupes historiquement mis aux marges de la société et de l’Etat, se sont souvent mobilisés pour demander un traitement égalitaire. Leurs demandes ont abouti, dans différents cas, à des propositions de modèles de citoyenneté qui, tout en reconnaissant le caractère universel de la citoyenneté et l’importance des droits de l’homme à caractère individuel, soulèvent le besoin de reconnaître des particularités culturelles et ethniques, ainsi que des droits collectifs comme une condition nécessaire à la garantie d’une citoyenneté effective, et inclusive. La DDPA énonce les bases d’une telle citoyenneté, qui se veut également respectueuse des institutions politiques dont les peuples autochtones se sont dotés pour se gouverner. La mise en place des modèles de citoyenneté culturelle comporte autant d’opportunités que de risques pour la consolidation des projets politiques. L’exercice des droits politiques et civils des peuples autochtones rencontre, au niveau pratique, de nombreuses contradictions que nous essaierons d’identifier au cours des différentes séances.
————————————————————————————————————————————————————————————————————————————–
Manager SOGIP (ERC 249236)
IIAC-LAIOS (CNRS EHESS UMR 8177)
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
190-198 Avenue de France – 75244 Paris Cedex 13
Tél. : 01.49.54.21.92 – Fax : 01.49.54.21.17
www.sogip.ehess.fr
La 2ème séance du séminaire SOGIP coordonné par : Irène Bellier, Directrice de Recherche au CNRS, IIAC/LAIOS et Verónica González González, postdoctorante LAIOS-SOGIP aura lieu le 11 décembre 2014. La séance aura pour thème :
Reconfigurations de l’État face aux revendications autochtones : multiculturalisme et biculturalisme en perspective
Présentation générale du séminaire : Perspectives comparatives sur les droits des peuples autochtones – années 2014-2015 : participation politique et citoyenneté
2ème jeudi du mois de 9 h à 13 h, EHESS, salle du Conseil A, bâtiment Le France, 190-198 avenue de France 75013 Paris), du 13 novembre 2014 au 16 avril 2015. Ouvert à tous.
Le séminaire se déroulera autour de 6 séances : 13 novembre 2014, 11 décembre 2014, 8 janvier 2015, 12 février 2105, 12 mars 2015 et le 16 avril 2015 (A la place du 9 avril, le 16 avril se tiendra la dernière séance du séminaire dans le cadre de…
Voir l’article original 1 349 mots de plus
L’ethnologue Guillaume Sabin vient de publier aux Presses Universitaires de Rennes le livre L’archipel des Egaux. Luttes en terre argentine (2014).
Pour plus d’informations, consultez la notice en ligne sur le site des Presses Universitaires de Rennes.
Introduction (Fichier pdf)
Table des matières (Fichier pdf)
……………………….
Caciquismes, résistances, violences. Les pedranos et l’État mexicain dans le Chiapas postrévolutionnaire

La 1ère séance du séminaire SOGIP coordonné par : Irène Bellier, Directrice de Recherche au CNRS, IIAC-LAIOS et Verónica González González, postdoctorante LAIOS-SOGIP aura lieu le 13 novembre 2014. La séance aura pour thème : La citoyenneté et les peuples autochtones.
Présentation générale du séminaire : Perspectives comparatives sur les droits des peuples autochtones – années 2014-2015 : participation politique et citoyenneté
2ème jeudi du mois de 9 h à 13 h, EHESS, salle du Conseil A, bâtiment Le France, 190-198 avenue de France 75013 Paris), du 13 novembre 2014 au 16 avril 2015. Ouvert à tous.
Le séminaire se déroulera autour de 6 séances : 13 novembre 2014, 11 décembre 2014, 8 janvier 2015, 12 février 2105, 12 mars 2015 et le 16 avril 2015 (A la place du 9 avril, le 16 avril se tiendra la dernière séance du séminaire dans le cadre de la conférence SOGIP qui aura…
Voir l’article original 1 239 mots de plus
Si cette page ne s’ouvre pas cliquez ici
Les Indiens à l’assaut de la Coupe du monde
Plusieurs mouvements sociaux brésiliens profitent en ce moment de l’importance symbolique de la Coupe du monde de football pour exercer sur leur gouvernement des pressions de dernière minute. Le plus virulent d’entre eux est le mouvement indien même s’il tend curieusement à passer inaperçu à l’étranger. C’est aussi celui qui a, depuis longtemps déjà, prévu des manifestations dès le coup d’envoi de l’événement sportif, sans souci de leurs coups politiques auprès de l’opinion publique, conscient que cette « tribune médiatique » disparaîtra après la finale du 13 juillet, au nouveau stade Maracana (Rio de Janeiro). On compte désormais près d’une mobilisation indienne par jour en divers points du pays. A chaque fois pacifiques, ces manifestations sont pourtant réprimées par la police, un usage systématique et démesuré de la force dont aucun autre mouvement social n’a à souffrir.
Des Indiens du Brésil manifestent contre la déforestation en Amazonie devant le Congrès à Brasilia, le 27 mai 2014 afp.com/Evaristo Sa
Le 27 mai, la police a violemment dispersé une manifestation indigène à Brasilia, usant de balles en caoutchouc. On a même pu voir le vieux leader indien Raoni, le plus emblématique et « nobelisable »des chefs traditionnels, victime de gaz lacrymogènes devant le stade Mané-Garrincha.
Si révolte indienne il y a pendant cette Coupe du monde, le gouvernement brésilien en portera la grande responsabilité. Car les divers gouvernements de gauche au pouvoir depuis 2003, sous les présidences de Lula da Silva d’abord puis de Dilma Rousseff depuis 2011, s’ils ont su satisfaire régulièrement les revendications des secteurs les plus marginalisés de la population, ont évité de s’attaquer aux menaces graves qui continuent de peser sur plusieurs communautés indiennes, s’aliénant les grandes ONG de ce mouvement et leur principal allié, le Conseil indigéniste missionnaire (CIMI).
Comment les Indiens en sont-ils venus à ranger une gauche de gouvernement, censée défendre les plus humbles, comme un adversaire des Indiens ?
Tout d’abord, le gouvernement, depuis 2003, s’est massivement appuyé politiquement sur la bancada ruralista, ces grands propriétaires terriens dotés de mandats électoraux. Voués notamment la culture du soja, dont l’exportation vers l’Asie garantit des revenus importants à l’économie brésilienne, ces propriétaires, très conservateurs, solidaires, ont accumulé un grand pouvoir politique et symbolique. Le plus emblématique d’entre eux est l’ex-gouverneur du Mato Grosso et le plus important producteur de soja au monde, Blairo Maggi, dont l’importance politique colossale pour le gouvernement lui a valu l’octroi de quatre matchs du premier tour dans sa capitale, Cuiaba, alors que des villes autrement plus peuplées ne figurent pas sur la carte du Mondial. Pour ces propriétaires, pour les éleveurs, pour les secteurs miniers, les Indiens continuent de représenter un obstacle à la concentration terrienne.
C’est dans le Mato Grosso do Sul que la situation des Indiens est aujourd’hui la plus dramatique. Les communautés guaranis ne trouvent aucun soutien véritable dans les différents niveaux de l’Etat brésilien. Sur les 60 chefs indiens assassinés au Brésil en 2012, près des deux tiers étaient guaranis. Harcelées par les propriétaires terriens et leurs pistoleiros, ces communautés sont aujourd’hui exsangues. Divers documents vidéo récents disséminés par CIMI montrent ces hommes de main ouvrir impunément le feu sur des manifestants guaranis, et parfois à l’intérieur de leurs villages. Un des grands échecs du gouvernement brésilien du Parti des travailleurs aura été son inhabilité, depuis 2003, à combattre l’impunité judiciaire en milieu rural.
A ces situations il faut ajouter la défaite récente de Belo Monte, où le gouvernement, passant outre aux violations des droits constitutionnels et internationaux des Indiens, a autorisé la construction d’un immense barrage hydroélectrique inondant des terres ancestrales de plusieurs communautés et, dès lors, empêchant leur capacité de reproduction sociale. Mais c’est surtout la proposition d’amendement constitutionnel PEC 215, un véritable « coup » anti-indien, qui pousse, en pleine Coupe du monde, le mouvement indigène à agir.
Cet amendement représente une menace potentiellement dévastatrice, non seulement sur les Indiens mais également sur l’écologie, menace dont on ne doit désormais plus s’étonner qu’elle vienne d’un gouvernement de gauche allié, à chaque rouage de l’Etat, à la bancada ruralista. Parce qu’il reformulerait les conditions d’obtention du statut de réserve indigène, cet amendement vise à satisfaire ceux qui convoitent les terres indiennes pour les exploiter. Sonia Guajajara, une dirigeante de l’Association des peuples indigènes du Brésil (APIB), en parle comme d’une menace d’extermination. La situation s’est envenimée le 3 juin, avec le refus désormais des représentants indigènes de participer à toute négociation avec le gouvernement, alourdissant les menaces d’un conflit social ouvert pendant la Coupe du monde.
On arrive donc à ce paradoxe qu’une série de gouvernements de gauche, portés par le Parti des travailleurs, a bafoué de façon systématique les intérêts et droits du secteur le plus démuni et le plus désarmé politiquement de la population brésilienne. Alors que les gouvernements de droite des années 1980 et 1990 pouvaient céder aux campagnes pro-indiennes et aux pressions de l’opinion publique internationale, ceux de gauche y apparaissent insensibles.
Que risque-t-il de se passer près des stades ? Des actions dans les capitales d’Etat les plus hostiles aux intérêts indiens, comme Cuiaba, sont improbables. Même chose dans les Etats sans large population indienne, comme Porto Alegre, Fortaleza, Natal ou Recife. Par contre, Manaus, Rio, São Paulo et surtout Brasilia, voire Salvador, font partie des plans désespérés des organisations indiennes pour attirer enfin l’opinion sur leur sort. Le plus grand défi médiatique pour le gouvernement serait que les peuples les plus capables de spectaculariser un conflit, notamment les Xavante et les Kayapo, se joignent aux manifestations.
Jean-Philippe Belleau, est membre du réseau des experts du GITPA pour l’Amérique latine et chercheur du réseau thématique Peuples Autochtones au sein de l’AFEA.
Article publié dans le quotidien Le Monde, le 12 juin 2014)
Accès au dossier Brésil dans le site du GITPA
Pour connaitre et comprendre le mouvement indien au Brésil, le GITPA recommande la lecture ci dessous
en collaboration avec Fabriq’am, aura lieu :
Vendredi 23 mai, de 18h à 20h
Musée du Quai Branly – Salle de cinéma
La prochaine séance de notre séminaire sera en collaboration avec le projet ANR Fabriq’Am ayant pour objet l’analyse de la « mise en patrimoine » d’éléments culturels qui constitue l’un des moyens par lesquels les groupes amérindiens recherchent une visibilité et une reconnaissance dans un paysage social et politique marqué aujourd’hui dans la plupart des pays latino-américains par le multiculturalisme institué en mode de gouvernance.
Pour illustrer ce propos nous projetterons le film « El Caballito y la Mascara » de Gaël Vince et Guillaume Darras : A Tamulté de la Sabanas se répété chaque année durant la fête patronale la danse d’un cheval-jupon et d’un masque qui rejoue la Conquista. Le duo de danseurs accompagne les processions en l’honneur de Saint François. Dans le même temps, un professeur tente avec ses élèves de préserver les traditions locales donnant une version impeccablement chorégraphié de cette tradition.
A l’appui de ce film nous discuterons de l’aspect de cette tradition et de son impact sur la vie aujourd’hui dans ce village du Mexique.
Séminaire « l’Amérique Latine par l’image et pour l’image »
Ce séminaire propose une réflexion sur l’Amérique Latine en s’appuyant sur la présentation et l’analyse de films documentaires. Serge Gruzinski a montré comment les images ont servi le monde colonial pour propager la culture occidentale et ont tenté d’uniformiser les mondes vaincus des Amériques. Le cinéma documentaire contemporain nous montre une Amérique Latine en reconstruction et réappropriation d’images et d’identités. Sur la base de projections de films et en invitant le(s) auteurs et/ou réalisateur(s), nous poursuivrons cette réflexion.
Seront abordées dans cette approche, la construction du film bien sûr, mais aussi la reconstruction de l’Amérique Latine d’aujourd’hui à travers ses images : celles qu’elle a subies, celles qu’elle véhicule mais aussi celles qu’elle se réapproprie pour se reconstruire. A l’appui de ce film nous discuterons de l’aspect de cette tradition et de son impact sur la vie aujourd’hui dans ce village du Mexique.
Patrick Deshayes, professeur à Lumière Lyon 2. EREA (LESC – Institut des Amériques)
Helios Figuerola Pujol, EREA-LESC
Nous avons le plaisir de vous inviter, jeudi 22 mai, au séminaire de la FRAO (Formation à la recherche dans l’aire océanienne), à l’amphithéâtre François Furet, EHESS, 105 bd Raspail, 75006 PARIS.
Nous projetterons le film « Une justice entre deux mondes« , du réalisateur Eric Beauducel (2013, 57 mns).
En Nouvelle-Calédonie, la France a mis en place un système judiciaire sans équivalent dans le monde, où essayent de cohabiter deux mondes, celui du droit écrit et l’oralité de la coutume kanak. Le film « Une justice entre deux mondes » suit le quotidien de ces magistrats confrontés à une réalité complexe qui les oblige à repenser chaque jour la justice qu’ils connaissent.
Audiences itinérantes, officiers publics chargés des « procès verbaux de palabres », assesseurs coutumiers, la justice calédonienne est ainsi devenu pour certains un extraordinaire laboratoire d’idées, pour d’autres, une façon idéaliste et trop théorique de rendre la justice.
La projection suivie d’une discussion avec Jean-Paul Jean, avocat à la Cour de cassation, et Benoît Trépied (IRIS-CNRS).
La tension est vive au Chiapas après l’attaque violente contre l’un des centres régionaux de l’EZLN, dont le solde est une école détruite, une quinzaine de blessés et l’assassinat prémédité de Galeano, l’un des responsables régionaux de la « Petite école » zapatiste, dernière initiative importante des zapatistes. En raison de cette situation (détails donnés dans le texte joint), l’EZLN a annoncé la suspension de toutes ses activités publiques, notamment d’importantes réunions nationales et internationales qui devaient se tenir fin mai et début juin.
C’est une attaque particulièrement violente, qui vise le cœur de l’autonomie zapatiste et, notamment l’initiative qui avait pour but de la faire largement connaître. L’indignation est vive.
Si l’on considère que la construction de l’autonomie zapatiste est un exemple de construction d’une autre forme d’organisation politique et sociale, on ne peut rester indifférent à une telle attaque.
Communiqué EZLN 8 mai 2014_La douleur et la rage
Nous vous invitons à signer et à faire signer le texte de l’appel en manifestant votre accord et en indiquant votre nom à l’adresse suivante : chiapas@solidaires.org
Un rassemblement est prévu dimanche prochain, 18 mai, à Paris.
Appel au rassemblement dimanche 18 mai : tract manif 18 mai 14h Paris
Mexique : Manifestation
Justice pour Galeano !
Halte à la guerre contre les communautés
zapatistes !
Dimanche 18 mai 2014 – PARIS
14h00 – Place de l’Hôtel-de-Ville
Suivie d’un Rassemblement à 16h30 à La fontaine des Innocents
-Châtelet/Les Halles
Le 1er janvier 1994, date d’entrée en vigueur de l’Alena (Accord de libre-échange nord-américain), les sans-terre, les sans-voix, les « oublié-e-s de toujours » que sont les Indien-ne-s, occupent au cri de « ya basta ! » (ça suffit !) plusieurs villes du Chiapas, État riche en ressources, où la population est la plus pauvre du Mexique. L’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) apparaît publiquement pour la première fois et, avec elle, tou-te-s les Indien-ne-s en lutte déclarent la guerre pour la dignité, la justice et la démocratie, ainsi que la reconnaissance de leurs droits et de leur culture. Le feu et la parole qui ont surgi de la forêt Lacandone ont offert une alternative au capitalisme.
Tout au long de ces vingt années, des groupes, collectifs, organisations,nsyndicats et individus très divers ont accompagné et soutenu chacune et chacun à sa façon leur cheminement… tout au long de ces années nous ne les avons pas oublié-e-s !
Face aux zapatistes, le pouvoir, à tous les niveaux, a toujours répondu par la répression, la violence et les assassinats. Il se sert de ses militaires et paramilitaires pour mener cette guerre.
Mais les zapatistes restent fermes et continuent à construire leur autonomie pacifiquement, sans chercher à prendre le pouvoir, sur la base d’assemblées communautaires, s’organisant en communes autonomes. De nombreuses réalisations pour la mise en place d’une autonomie durable voient le jour – écoles, cliniques, coopératives, transports, agriculture, artisanat – dans une région où la plupart des paysan-ne-s sont privé-e-s des services de base.
Le 2 mai 2014, des groupes paramilitaires ont attaqué le caracol de La Realidad, siège du Conseil de bon gouvernement zapatiste de la région. Le bilan de cette attaque se solde par la destruction d’une clinique et d’une école autonome, par plusieurs blessés par balle dans une lâche embuscade et l’assassinat de Galeano. Il a été clairement ciblé pour son rôle dans
l’organisation de la Petite École (Escuelita) qui symbolise la nouvelle initiative zapatiste internationale et nationale. Cette attaque est d’une telle gravité que le Conseil de bon gouvernement, représentation civile des communautés zapatistes de la région, a fait appel à l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN). Le commandement de l’EZLN a répondu positivement à l’appel du Conseil et est chargé par celui-ci de faire face à la situation créée par cette attaque.
Un coup porté contre l’un-e d’entre nous est un coup porté contre tou-te-s !
Justice pour Galeano !
Halte à la guerre contre les communautés zapatistes !
Solidarité avec les zapatistes !
Nous lançons un appel aux associations, collectifs, individus, à signer et à faire signer cette lettre collective de solidarité.
Envoyez vos signatures à: chiapas@solidaires.org
Alternative Libertaire,
Collectif Grains de sable,
Comité de Solidarité avec les Peuples du Chiapas en Lutte (CSPCL),
Compagnie Tamerantong,
Espoir Chiapas,
Fédération anarchiste,
Fédération SUD éducation,
Les trois passants,
Secrétariat internationale de la CNT,
Union syndicale Solidaires.

LE PROGRAMME COMPLET EST TÉLÉCHARGEABLE ICI : Programa E Homenaje_F_Lartigue-E
PROCHAINE PROJECTION ORGANISÉE PAR EL PERRO QUE LADRA
En partenariat avec De la Plume à l’EcranResistencia en la linea negra : Jeudi 17 avril 2014
Un film du collectif Zhigoneshi, 2011, 84′
Colombie
Prix du meilleur long-métrage Panorama du cinéma colombien 2013
À travers un voyage révélateur, et partant d’une intimité rarement divulguée publiquement, une équipe de réalisateurs autochtones brandissent les caméras pour montrer au monde les actions que leurs autorités spirituelles – les Mamos – ont entreprises pour faire face aux graves menaces pesant sur leur territoire ancestral.
Un travail documentaire étonnant et rare aussi bien dans ses prises de position politiques que dans sa forme audiovisuelle.
Jeudi 17 avril 2014 à 20h
au Cinéma La Clef – 34 rue Daubenton Paris 5è
M° Censier-Daubenton
Entrée : tarification du cinéma
Contact : delaplumealecran[at]yahoo.com
—–
Dans la section Ciné’Portrait du dernier C@mérindien, revue trimestrielle d’analyse et d’actualité du cinéma amérindien publiée par De la Plume à l’Ecran, vous pourrez découvrir l’article « A travers le dialogue et l’image, nous réclamons la reconnaissance » dans lequel nous retranscrivons l’interview d’Amado Villafaña, du collectif Zhigoneshi, réalisée en juin dernier par El Perro que Ladra.Pour vous abonner au C@mérindien :
http://delaplumealecran.org/#camerindien—–
El Perro que ladra assure la diffusion du film en France qui aura lieu au cinéma La Clef en avril et mai, et sera accompagnée de divers débats, avec de nombreux invités. Si parmi vous, certains ont des envies et/ou des idées créatives pour soutenir ce film pendant cette aventure de cinq semaines, n’hésitez pas à nous le faire savoir. Contribuez à diffuser le message des Mamos de la Sierra le plus loin possible…
Bonjour,
Nous avons le plaisir de vous inviter à la 6ème séance du séminaire SOGIP 2013-2014 « Perspectives comparatives sur les droits des peuples autochtones » coordonné et animé par Irène Bellier, Directrice de Recherche au CNRS, LAIOS-IIAC et Laurent Lacroix, postdoctorant LAIOS-SOGIP, le jeudi 10 avril 2014. De 9 h à 13 h.
La séance se déroulera en salle du Conseil A au sous-sol, EHESS, bâtiment Le France, 190 198 avenue de France, 75013 Paris. Ouvert à tous.
Séance : Les enjeux de la cartographie des territoires autochtones
La cartographie connaît un regain de popularité dans le traitement des questions autochtones. Qu’il s’agisse de définir des territoires aux fins de reconnaissance, ou d’identifier les ressources qu’ils contiennent, pour les protéger ou pour les exploiter, les autochtones sont aujourd’hui conduits par divers moyens à représenter leurs territoires avec de nouvelles techniques et selon des modes de représentation tout aussi nouveaux – principalement destinés à plusieurs types d’interlocuteurs (ONG, société civile, Etat, entreprises). Nous examinerons la nature de certains projets cartographiques concernant des territoires autochtones, les modalités de fabrication de cartes, leurs usages et leurs finalités pour évaluer l’importance de tels outils dans la mobilisation des peuples autochtones pour la revendication ou la défense territoriale. Nous nous intéressons aux effets multiples de la cartographie des mondes autochtones dans la perspective ouverte aujourd’hui, et toujours problématique, d’un monde entièrement balisé.
Irène Hirt (Département de géographie et d’environnement de l’Université de Genève) – Cartes et revendications territoriales autochtones : controverses et paradoxes.
La cartographie en contexte autochtone (produite par ou pour des organisations ou des communautés autochtones) poursuit plusieurs objectifs: défendre des droits à la terre et au territoire ainsi que des droits pour le contrôle et l’accès aux ressources naturelles ; revitaliser la culture et l’identité autochtones, entre autres en favorisant des processus de réappropriation de l’histoire, des savoirs locaux, et du lien culturel et spirituel au territoire ; décoloniser les imaginaires et les récits hégémoniques de la nation et du territoire. Cette cartographie, qui mobilise principalement le langage, les techniques et les modes de représentation de la cartographie étatique moderne, porte toutefois à controverse, aussi bien aux yeux des individus et des groupes autochtones concernés que des chercheurs œuvrant dans ce domaine de recherche-action. Elle est considérée comme un outil à « double-tranchant »: d’un côté, elle s’avère quasiment incontournable pour défendre des droits fonciers ou territoriaux au sein des Etats concernés, favorisant en outre, dans bien des cas, des processus d’« empowerment » social et territorial; de l’autre, de par son inscription dans un contexte de domination politique et culturelle, elle tend simultanément à imposer des présupposés spatiaux, épistémologiques et ontologiques aux peuples autochtones, fragilisant leurs propres modes de construction du savoir et leurs propres territorialités. Les principaux enjeux, paradoxes et controverses autour de cette cartographie seront examinés dans la première partie de cet exposé. Dans la seconde, des exemples concrets seront proposés, sur la base de plusieurs expériences de recherche menées au Chili, en Bolivie et au Canada.
François-Michel Letourneau et Fabrice Dubertret (CREDA-IHEAL) – Rendre explicite une présence invisible: vers un atlas mondial des territoires autochtones.
Le territoire se place au coeur des sociétés autochtones. Si la reconnaissance de droits territoriaux différenciés est indispensable au maintien de l’intégrité culturelle et économique de ces peuples, elle reste subordonnée aux Etats englobant ces sociétés. Or, ces mêmes Etats voient souvent dans la reconnaissance de droits territoriaux différenciés un frein à leur développement, d’autant plus que ces terres sont souvent riches en ressources naturelles. Ainsi, les réponses des Etats aux revendications territoriales autochtones présentent une grande variabilité.
Par une approche géographique de la question autochtone, centrée sur la question territoriale, le présent projet vise à l’élaboration d’un Atlas mondial recensant les territoires reconnus, revendiqués, ou occupés par les peuples autochtones. La mise en place d’une catégorisation globale des régimes de reconnaissance territoriales rendra possible une comparaison mondiale des réponses offertes par les Etats. Aussi, une approche collaborative permettra la confrontation de différentes sources d’information, telles que les informations officielles des Etats, les apports des ONG et les contributions directes des peuples autochtones, dressant un aperçu complet de la situation et des controverses entourant la question territoriale autochtone.
Samuel Diéval (RainForest Foundation) – Cartographie pour les droits dans le Bassin du Congo.
Deuxième par la taille après l’Amazone, la forêt tropicale humide du bassin du Congo couvre plus de 180 millions d’hectares et s’étend à travers toute la République Démocratique du Congo (RDC), la majorité de la République du Congo, le sud-est du Cameroun, le sud de la République Centrafricaine, le Gabon et la Guinée équatoriale. Cette zone constitue un régulateur vital du climat de toute la région, un puits de carbone d’importance mondiale et une vaste réserve de biodiversité. D’après certaines sources, l’Homme serait présent dans le Bassin du Congo depuis plus de 50000 ans et la population, essentiellement rurale, y est aujourd’hui estimée à 50 millions d’habitants. Elle comprend environ un demi-million d’autochtones chasseurs-cueilleurs couramment appelés « Pygmées », la plupart menant encore, et au moins partiellement, un mode de vie nomade. La forêt constitue une ressource absolument vitale pour les populations locales. Elle leur apporte nourriture, eau, refuge, pharmacopée tout en représentant un élément essentiel de leur culture et de leur sphère spirituelle. De façon générale, les régimes fonciers des pays du bassin du Congo confèrent à l’Etat la propriété de l’ensemble du territoire national. Ceci implique que les communautés locales et autochtones n’ont pratiquement aucun contrôle ou titre légal reconnu sur les territoires qu’elles occupent traditionnellement. Aujourd’hui, une grande partie des forêts de la région a été allouée à titre de concessions à des sociétés forestières, agricoles et minières, dont la plupart doivent encore renforcer leurs considérations sociales et environnementales. Il est largement reconnu que l’absence de reconnaissance des modes coutumiers d’occupation et d’utilisation des terres et ressources forestières est source de conflits et d’insécurité et peut entrainer l’augmentation de la pauvreté, la destruction de l’environnement et la violation des droits de l’homme et des peuples.
La cartographie participative est un outil qui permet aux communautés forestières et peuples autochtones de mettre en évidence avec précision les terres qu’ils occupent et utilisent, et qu’ils peuvent utiliser pour sécuriser des droits sur les terres et les ressources forestières. Rainforest Foundation UK et ses organisations partenaires dans le bassin du Congo (Organisations non gouvernementales, agences gouvernementales, institutions spécialisées) mettent en œuvre des projets de cartographie participative dans le bassin du Congo depuis plus de 15 ans et ont développé des approches méthodologiques et des outils technologiques, comme l’Accompagnement des Communautés à la Cartographie de leurs Espaces de vie Traditionnels (ACCET) et la base de données géo référencée MappingForRights.com, pour accompagner les communautés forestières dans la promotion de leurs droits aux terres et aux ressources.
En fin de séance, nous aurons également le plaisir d’accueillir Nirupa Dewan (enseignante, Ligue des Droits de l’Homme du Bangladesh) actuellement en Europe pour témoigner des violations des droits humains perpétrées à l’encontre des peuples autochtones du Bangladesh et en particulier des femmes, notamment dans les Chittagong Hill Tracts. Avec Paul Nicolas (géographe, Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme d’Aix-Marseille), ils nous présenteront la situation actuelle des Jummas (Chittagong Hill Tracts, Bangladesh), à travers un ensemble de cartes. Ils montreront comment ces derniers ont été mis à l’écart à partir du 19ème siècle, puis en partie dépossédés du contrôle de leur territoire à partir du milieu du 20ème siècle.
Formation à la recherche dans l’aire océanienne
Nous projetterons le film « Le Gendarme Citron« , du réalisateur Gilles Dagneau (2008, 52 mns).
La projection suivie d’une discussion avec le réalisateur, Gilles Dagneau.
Dans les années 1950 et 1960, Robert Citron, gendarme, mais avant tout homme éclairé, découvre la Nouvelle-Calédonie pour y vivre une formidable aventure humaine et cinématographique. Tout son temps libre, il le consacre à filmer les Kanak dans leurs activités quotidiennes et coutumières, avec intelligence, respect, curiosité et désir de comprendre. Tournées à l’île des Pins et à Canala, ces images rares – dont certaines sont exceptionnelles, comme le cycle complet de l’igname ou la scène de désenvoûtement collectif – constituent l’unique témoignage filmé de la culture Kanak de cette époque. Elles ont été acquises par le Centre Culturel Tjibaou, et sont aujourd’hui décryptées par les collecteurs du patrimoine Kanak. Portrait d’un humaniste qui a permis « la rencontre des hommes ».
Filmographie: Tjibaou, le pardon (2006),
Tiano, la parole déchirée (2003),
La vallée du Tir (2000),
Jean-Marie Tjibaou, la parole assassinée (1997),
Remenber New Caledonia (1996),
Le bridge (1986)
La prochaine séance du aura lieu le vendredi 11 avril, de 10h30 à 12h30, au MNHN, dans le grand amphi d’entomologie, 45 Rue Buffon, 75005 Paris.

National Geographic, July 1977. Gimi people of Papua New Guinea: Linked by an “umbilical cord” at a ritual, a young man and his mother dramatize maternal influence, rarely acknowledged publicly.
Ontologies as emergent: Indigenous philosophical propositions concerning the past, the present, and possible futures
Paige West (Columbia University, New York)
Discutant : Philippe Descola (Collège de France)
Much has been said of late about the multiple forms of knowing, being, seeing, feeling, and narrating worlds among people and peoples with whom anthropologists work. In this paper I push this conversation forward by asking about the emergent natures of ontological propositions. I do this based on eighteen years of research on the island of New Guinea. Gimi speaking peoples in the Eastern Highlands of Papua New Guinea have elaborate philosophical propositions concerning historic and contemporary social worlds. In this paper I describe Gimi philosophy in general and discuss specific ethnographic examples that allow us to understand how Gimi philosophers come to understandings about possible futures given
Présentation et discussion en anglais
Prochaines séances:
– Séance 10 : vendredi 23 mai 10h30-12h30, MNHN, grand amphi d’entomologie, 45 Rue Buffon, 75005 Paris
L’IPBES Gouvernance internationale de la biodiversité : Autour du livre The Politics of Knowledge and Global Biodiversity
Alice Vadrot (ICCR Foundation/ University of Vienna)
Discutant : Florian Charvolin (CNRS, Centre Max Weber)
– Séance 11: jeudi 5 juin, 10h30-12h30 amphi de paléontologie, galerie de paléontologie, 2 rue Buffon, 75005 Paris
Pacha Mama, Buen Vivir, Samak Kusay : entre alternative au développement et instruments politiques
Franck Poupeau (CNRS-The University of Arizona)
Adrian E. Beling (UAH et université Humboldt de Berlin)
Discutant : Laurent Lacroix (SOGIP-LAIOS- EHESS)
Présentation à Mexico d’un livre sur les Nahuas de Guerrero, en mémoire de François Lartigue.
et Régis Hébraud
25 mars 2014 – Journée d’Etudes à l’EHESS
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (Iiac-Laios)
Université Paris 3 (Sorbonne nouvelle) / Université de Toulouse 2 – Le Mirail
Cinéma du Réel / Cinémathèque de Toulouse
09h00 – 12h30 « Êtes-vous venus là où personne ne vient ? »
Travail de la pensée, travail du film
Présidente de séance : Nicole Brenez
9h00• Nicole Brenez & Corinne Maury
Accueil
9h10• Nicole Brenez (Professeur, Université Paris 3 Sorbonne nouvelle)
Du courage. Quelques enjeux du travail de Raymonde Carasco et Régis Hébraud
« Vision accueillante et poreuse aux positions d’autrui, œuvre autonome et tranchante quant à sa fabrique, ses stylèmes, ses principes et ses enjeux – rien moins que la description, la dilection pour l’étranger, l’exactitude, la fidélité, le hors-limite – l’œuvre de Raymonde Carasco et Régis Hébraud s’engendre d’une série ouverte d’exigences de dépassement et de franchissement (d’ordre pratique, formel, anthropologique, éthique) au nom desquelles, souverainement, quelque chose de la mimésis sous nos yeux se reconfigure. »
9h30• Régis Hébraud (Cinéaste)
Réaliser un film Tarahumara. « Ce cinéma, c’est moi, c’est ma vie… » Raymonde Carasco
« Le désir d’écrire de Raymonde Carasco et le « saut dans l’image ». Analyse du processus de réalisation d’un film de/avec Raymonde Carasco. Première période (1977-1987) : un voyage = un film. Deuxième période (1995-2004) : approche de la pensée chamanique. »
10h• Caterina Pasqualino (Chargée de recherche, CNRS)
Le ciné-performance de Raymonde Carasco
« Pour restituer au plus près le rapport que les Indiens Tarahumaras d’Amérique latine entretiennent sur le plan émotionnel avec un au-delà chtonien, Raymonde Carasco a donné forme à une ethnographie poétique. Prenant une certaine distance vis-à-vis du contexte social, elle a choisi de filmer la matérialité des faits, parfois en plans rapprochés, comme une abstraction. En dépassant les clivages entre acteur et spectateur, et entre rituel et performance filmée, l’auteur nous ouvre au monde imaginaire des Tarahumaras. »
10h30• Aude Fourel (artiste plasticienne et vidéaste)
Gradiva, figure cinématographique
« Expérimentation de la caméra dans le non-vouloir-saisir, mise en scène du corps-événement et de la rencontre, montage-intervalles : ‘C’est cette dimension nouvelle d’une ‘verticalité’ qui introduit une discontinuité entre les éléments sonores et les éléments visuels de l’image’. (Raymonde Carasco, « La cinématographie, le cinéma et l’exigence du fragment », 1984). »
11h• Térésa Faucon (Maître de conférences, Université Paris 3 Sorbonne nouvelle)
Marcher, monter, danser. Tisser le vêtement du temps
« Gradiva, Gradiva-Western, Tutuguri, Tarahumaras 78, Tarahumaras 2003, pour ne citer que cinq films, travaillent le lien entre le cinéma et la danse par le geste sculptant la matière-temps et plus particulièrement par le lien marcher/monter. Nous verrons comment caméra et montage chorégraphient le dialogue entre les pas et le sol, interrogent son paradoxe (‘laisser une marque et partir’), l’intervalle entre deux pas, entre deux images ; comment le montage le plus souvent, ou le ralenti parfois, se réapproprient cette forme chorégraphique et en proposent un équivalent cinématographique. »
11h30• Ricardo Matos Cabo (Programmateur)
L’attente : l’espace sonore dans les films de Raymonde Carasco et Régis Hébraud
« C’est par l’attente que les Tarahumaras non pas s’approprient, mais approchent, apprivoisent l’événement à venir. Attendre. Capter le temps. Non pas le temps qui passe, mais du temps, ce qui va se passer. »
[Tarahumaras 87, Rites d’Hiver, Los Matachines]
12h• Vincent Deville (Maître de conférences, Université Paul Valéry Montpellier 3)
Filmer ce désert : l’invention du paysage tarahumara dans La Fêlure du temps de Raymonde Carasco et Régis Hébraud
« Dernier volet de la série des voyages et des films Tarahumaras de Raymonde Carasco et Régis Hébraud, La Fêlure du temps accomplit l’exploit de représenter dans un même geste une genèse et un crépuscule. Genèse du monde tarahumara d’une part, et crépuscule d’autre part, à double titre puisqu’il marque à la fois la fin d’une civilisation fondée sur des gestes, rituels, marches et danses, filmés ici comme pour la dernière fois, et la fin de la fresque cinématographique Tarahumara. »
12h30• Fin de la matinée – Pause déjeuner
14h00 – 18h00
« Comment l’écriture raconte à partir d’un voir initial »
Présidente de séance : Corinne Maury
14h• Monique Peyriere (Chercheure au Centre Pierre Naville, Université d’Evry, chercheure associée au Centre Edgar Morin)
Le pas de Gradiva. L’écriture du voir : présentation des Carnets de Raymonde Carasco par Monique Peyriere et Régis Hébraud
14h30• Gabriela Trujillo (professeur à l’Ecole du Louvre et à NYU)
La connaissance du jour – fantômes, passages et arcanes. Poétique surréaliste dans l’œuvre de Raymonde Carasco
« Passer par Artaud, penser les fictions (Julien et Rupture), observer l’approche esthétique de Bousquet et Michaux développée par Raymonde Carasco, et même son humour dans son approche de Barthes. »
15h• Corinne Maury (Maître de conférences, Université Toulouse 2 – Le Mirail)
Les lumières et les ombres de Joë Bousquet au regard des mots-images de Raymonde Carasco
« Dans un mouvement analytique en aller-retour entre l’œuvre de Bousquet et les textes de Raymonde Carasco, nous tenterons de révéler la puissance du voir-poétique de Joë Bousquet que l’écriture essayiste de Raymonde Carasco éprouve et révèle en s’appuyant sur des notions empruntées à l’étude des formes filmiques. L’écriture de Bousquet serait-elle de composition(s) cinématographique(s) ? L’œuvre de Raymonde Carasco (tant ciné-expérimentale qu’essayiste) a-t-elle été irriguée / modelée / rythmée par la poésie visuelle de Joë Bousquet ? »
15h30• Olivier Penot-Lacassagne (Maître de conférences, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle)
Artaud/Carasco : confrontations
« ‘Confronter mon voir et le voir d’Artaud’, écrit Raymonde Carasco. Pour Raymonde Carasco, l’œuvre ‘indienne’ d’Artaud est à la fois une référence et une médiation ; un territoire où se mouvoir (la Sierra Tarahumara) et un savoir poétique à travailler. L’intertextualité est certes abondante ; mais loin d’être asphyxiante, elle favorise la libre invention d’un imaginaire qui se construit peu à peu, film après film. La confrontation devient alors approche, rencontre, parcours, déplacement. Elle est lecture, captation, détournement ; palimpseste, écriture propre, invention de soi ; affirmation d’une altérité. »
16h• Marie Martin (Maître de conférences, Université de Poitiers)
Sur le fil du zigzag. Frayages barthésiens dans les textes de Raymonde Carasco
« Hors-cadre Eisenstein, sans chercher à élucider la teneur exacte du troisième sens barthésien ni à entrer dans sa logique intime et subjective, n’en retient pas moins l’idée d’une écoute filmique fondée sur la dissémination photogrammique – hors-cadre cinéma. Le Portrait ovale, au cœur de l’effraction logique, zigzag, d’un raisonnement d’Eisenstein sur la ‘composition premier plan’ (par opposition à l’identification-cadre du gros plan), retrouve une nouvelle fois Roland Barthes – avec Poe, Bousquet, Godard et Dreyer. Comme S/Z est la théorie en acte de la lecture, Le Portrait ovale est celle de la figure. »
16h30 Pause
17h• Pascale Criton (musicienne, compositrice)
Stepping, pièce « in process » pour flûte, violon, violoncelle, guitare et trombone, composition originale, 8 minutes avec projection d’images de Régis Hébraud.
17h30• Echanges avec l’audience, en présence de Régis Hébraud.
18h• Fin de la Journée d’études.
La Journée a lieu dans l’Amphithéâtre de l’EHESS,
105 bd Raspail, 75006 Paris.
Responsabilité scientifique :
Nicole Brenez & Corinne Maury
Egide :
Régis Hébraud
Comité scientifique :
- Vincent Deville
- Térésa Faucon
- Ricardo Matos Cabo
- Caterina Pasqualino
- Serge Pey
- Monique Peyriere
- Lionel Soukaz
- Gabriela Trujillo
Le Ceped a le plaisir de vous convier à la nouvelle saison du « Ceped fait son cinéma… »
La première séance se tiendra le 25 mars 2014 à 18h30 précises*
Dans le cadre des journées d’études fabriq’am, « la fabrique des patrimoines: mémoires, savoirs et politique en amérique indienne aujourd’hui », (http://fabriqam.hypotheses.org) aura lieu mercredi 26 prochain :
PATRIMONIALISATION ET RÉGIMES D’HISTORICITÉ (I)
NOSTALGIE ET PATRIMOINE
Résumé. En 1999, la paroisse protestante de Papetoai, à Moorea (Polynésie française) se divise. Au cœur du conflit, la tahitianisation de la sainte-cène, le pain et le vin étant remplacés par la chair et l’eau de coco. Onze ans après, ce film documentaire revient sur la vie quotidienne, les réflexions et les interrogations des membres des paroisses protestantes de Papetoai et du village voisin de Haapiti, qui tentent, chacun à leur manière, de concilier la culture polynésienne et l’héritage chrétien issu des missions du 19ème siècle. Prenant appui sur des recherches menées en Polynésie française depuis 1995, le film montre, en donnant la parole aux habitants de Moorea, comment les identités se construisent et évoluent au croisement de l’histoire, de la mémoire culturelle et de l’économie touristique.
|
|
||||||||||||||||||
|
||||||||||||||||||
Nous avons le plaisir de vous inviter à la prochaine séance du séminaire
Le film comme outil de reconnaissance : créativité et politiques des peuples autochtones
organisé par Irène Bellier (CNRS, IIAC/LAIOS), Barbara Glowceswki (CNRS, LAS) et Jessica de Largy Healy (MQB)
10:00 – 13:00
amphithéâtre François-Furet, 105 bd Raspail 75006 Paris
12 mars 2014 :
Chili – Résistance ou comment faire face à la criminalisation de la lutte pour la terre
- Gabriela Chihuailaf (Doctorante en études cinématographiques et audiovisuelles , EDESTA école doctorale esthétique, sciences et technologies des arts, de l’université Paris 8) présentera Kallul Trawun, un film de Francisco Huichaqueo (25’), artiste mapuche, plasticien, vidéaste et contextualisera l’émergence et les développements du cinema mapuche
- Irène Bellier introduira la discussion sur le documentaire de Christophe Coello et Stéphane Goxe, 2011, 82’. La Tierra siempre la tierra (Retour en terre mapuche). Pour Stéphane Goxe : « Ce qui est au cœur du dispositif de Retour en terre mapuche (Mari Chi Weu), c’est non seulement de retourner sur les pas de quelques-uns des personnages du premier film, mais en même temps de leur soumettre des extraits de ce premier film où ils intervenaient. De soumettre à l’épreuve du temps les paroles et propos qu’ils tenaient à la fin des années 1990, de voir quel effet ils produisent à dix années d’écart, sachant que ces dix années ont été des années de lutte, de répression, de clandestinité et d’emprisonnement pour la plupart des personnages de Mari Chi Weu. »
- • Ana Guevara et Fabien Le Bonniec, 2008, «Wallmapu, terre de conflits et de réunification du peuple mapuche », Journal de la société des américanistes 94 (2) (http://jsa.revues.org/10631)
Le film comme outil de reconnaissance : créativité et politiques des peuples autochtones
- Irène Bellier, directrice de recherche au CNRS (TH)
- Jessica de Largy Healy, chargée de recherche au Musée du quai Branly
- Barbara Glowczewski, directrice de recherche au CNRS (TH)
2e et 4e mercredis du mois de 10 h à 13 h (salle 8, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 11 décembre 2013 au 26 février 2014 ; puis (amphithéâtre François-Furet, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 12 mars 2014 au 9 avril 2014
Nous proposons, suite aux cinq années de notre séminaire “Images et politiques de l’autochtonie” (ouvert aux masters), une nouvelle formule qui mettra en perspective les conditions de conception, de production et de réalisation de la « matière » des images des films analysés, au regard des enjeux de la reconnaissance.
Nous interrogerons la notion de « reconnaissance » telle qu’utilisée, particulièrement en anthropologie, tant au niveau politique et juridique contemporain, que dans le vaste champ de la circulation des images qui donnent à connaître des situations et conflits (sociaux, culturels, économiques, etc) en les reconnaissant, soit comme « déjà vues » ou comparables à ce qui est connu, ou au contraire comme révélation, découverte, critique, etc.
L’objectif est de mettre en valeur les processus de « création » des acteurs autochtones concernés et de ceux qui collaborent avec eux (cinéastes, anthropologues, juristes, etc) face aux discours véhiculant des notions préconçues d' »authenticité culturelle » qui bloquent concrètement les stratégies modernes de reconnaissance. Ce phénomène de rejet s’observe tant dans le non respect des droits humains que dans le déni des revendications territoriales : voir par exemple une déclaration de Jean Leclair au workshop SOGIP 2011 à propos de la manière dont les Cours canadiennes examinent l’authenticité des modes de vie ancestraux (http://www.sogip.ehess.fr/?lang=en).
Nous prévoyons d’analyser des films réalisés par des autochtones (pour la télévision ou le WEB) en Australie, en Guyane française, et dans d’autres pays d’Océanie ou d’Amérique latine. Voir par exemple un film réalisé en 2013 par la télévision Maori au Brésil:
http://www.maoritelevision.com/tv/shows/native-affairs/S07E003/native-affairs









Les propositions, qui peuvent relever de toute discipline de sciences sociales, peuvent être faites en anglais et en français. Le
Etymologiquement, le terme « autochtone » (autos « soi-même » et khthôn « terre », en grec) désigne celui qui est issu de la terre-même, qui n’y est pas venu par immigration. La catégorie d’« autochtone » a été et est encore utilisée pour distinguer ceux qui sont d’« ici » en opposition à ceux qui viennent d’ailleurs, comme base d’une légitimité spatiale, juridique et politique fondée sur l’antériorité d’occupation. La notion est mobilisée par les groupes majoritaires de façon à définir la relation avec les immigrés. Pour éviter tout malentendu sémantique, il faut d’emblée préciser que ce n’est pas à ce sens universel du mot « autochtone » que nous allons nous référer dans ce dossier, mais bien à une acception particulière, d’usage récent, résultant de l’émergence dans le cadre des institutions onusiennes d’une catégorie légale correspondant à un ensemble particulier de populations minoritaires. La catégorie « autochtone » est donc utilisée ici pour désigner des groupes marginalisés et dominés (sur les plans économique, politique et culturel) en vue de demander justice pour la violation des droits humains dont ils sont victimes depuis la colonisation ou l’invasion de leur territoire, et revendiquer des droits en vertu de leur antériorité d’occupation de ce même territoire. Si la Déclaration sur les droits des peuples autochtones de 2007 ne fournit aucune liste de ces peuples autochtones, on estime aujourd’hui qu’ils regroupent quelques quatre cent millions dans 90 pays sur les cinq continents : Kanak de Nouvelle-Calédonie, Sami de Suède, Maori de Nouvelle-Zélande, Amazigh du Maroc, San de Namibie, Innus du Québec, Mapuche du Chili, Gaoshan de Taiwan, Adivasi d’Inde… la liste est longue de ces peuples qui sont concernés par les articles 13 à 15 de la Déclaration, prévoyant notamment que
Ce 










